Billets sponsorisés, cadeaux... Les blogueurs américains menacés d'une amende de 11.000 dollars s'ils ne sont pas transparents

REVUE DE WEB Atteinte à la liberté de poster ou régulation salutaire, le débat fait rage autour des nouvelles règles publiées par une agence gouvernementale...

Philippe Berry, payé par 20minutes.fr pour écrire

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Dans un bureau qui sent encore la peinture fraîche, les cyberdouaniers repèrent depuis leurs écrans d'ordinateurs les trafics de contrefaçons, de drogue et de tabac qui prolifèrent sur internet pour tenter d'y mettre fin au terme de longues enquêtes.
Dans un bureau qui sent encore la peinture fraîche, les cyberdouaniers repèrent depuis leurs écrans d'ordinateurs les trafics de contrefaçons, de drogue et de tabac qui prolifèrent sur internet pour tenter d'y mettre fin au terme de longues enquêtes. — Nigel Treblin AFP/DDP/Archives
De notre correspondant à Los Angeles
 
 
C'est un débat aussi vieux qu'Internet ou presque: faut-il forcer les blogueurs à respecter des règles de bonne conduite. Lundi, la FTC (Federal Trade Commission, une agence gouvernementale indépendante notamment chargée de protéger le consommateur) a répondu par l'affirmative en publiant une mise à jour de 81 pages de son guide sur «l'usage du témoignage et du parrainage dans la publicité». Le point central de la portion consacrée aux blogs et aux réseaux sociaux: les blogueurs s'exposent à une amende de 11.000 dollars par billet s'ils ne mentionnent pas clairement
  • leur affiliation à une industrie ou une compagnie liée à leur post
  • le fait qu'ils ont reçu des produits en cadeaux
  • ou carrément qu'ils ont été payés pour poster
 
Des régulations gouvernementales mal accueillies
 
«La FTC veut réguler notre parole», tonne Jeff Jarvis (ancien journaliste et blogueur). L'auteur du bestseller What would Google do? voit dans ce document «un monument aux conséquences non connues, aux dangers cachés et aux assomptions dangereuses». Pour l'expert –qui précise abhorrer la pratique du payé-pour-poster et être partisan de la transparence sur les affiliations– Internet «n'est pas un média mais un espace où les gens discutent». Par conséquent, «le gouvernement n'a rien à y faire».
 
Même son de cloche du côté de The Inquisitr, irrité du double standard auquel sont tenus les journaux et les blogs: «Quand avez-vous entendu un critique ciné préciser qu'il a été invité à une projection ou des journalistes high tech mentionner qu'ils reçoivent gratuitement du matériel?». Et de dénoncer les abus, notamment dans les pages tourismes des magazines, malgré une charte déontologique à laquelle les journalistes sont soumis. «Pourquoi la presse ne devrait-elle pas être concernée par les règles de la FTC?», s'énerve The Inquisitr.
 
Pas applicable
 
D'autres sont plus mesurés. Le journaliste Dan Gillmor, auteur de We the media, juge le but «louable», mais «inapplicable en pratique». Comme pour lui donner raison, la FTC reconnaît sur Cnet «ne pas avoir les moyens pour surveiller 500.000 blogs ou même 1.000. Mais si quelqu'un nous signale une violation, nous pourrions regarder au cas par cas», explique l'agence.. Dan Gillmor ironise: «Voilà qui va donner du boulot aux avocats spécialistes du premier amendement» (qui précise que «le Congrès ne doit créer aucune loi qui entrave la liberté d'expression»).
 
Les règles concernant également les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, beaucoup demandent comment préciser ses affiliations dans des tweets de 140 signes.
 
L'éminent blogueur Louis Gray en est, lui, persuadé, les nouvelles règles de la FTC auront «peu d'impact». Selon lui, l'agence a «de plus gros poissons à poursuivre que la maman blogueuse». Il conclut, à propos des blogueurs: «les honnêtes resteront honnêtes, les mauvais, mauvais.» A chacun de faire son tri.
 
Débat: Blogueurs, jouez-vous la transparence en France. En tant que lecteur, seriez-vous favorables à ce que de telles règles traversent l'Atlantique?