Complotisme : Pourquoi la commission Bronner, voulue par l’Elysée, connaît-elle des débuts chaotiques ?

FAKE NEWS Installée le 29 septembre dernier, cette structure suscite d’ores et déjà des critiques

H.S.
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Le sociologue Gérald Bronner préside la commission consacrée au complotisme et lancée le 29 septembre par l'Elysée.
Le sociologue Gérald Bronner préside la commission consacrée au complotisme et lancée le 29 septembre par l'Elysée. — Ludovic MARIN / AFP
  • Emmanuel Macron a installé mercredi une commission présidée par le sociologue Gérald Bronner, chargée de faire des propositions face à l’emprise des théories du complot et de la désinformation en ligne.
  • Mais la composition de cette commission a d’ores et déjà été pointée du doigt.
  • Une première réunion de l'instance s'est tenue ce lundi. Le médecin Guy Vallancien, dont la présence est controversée, restera bien membre de la commission.

Mise à jour du 5 octobre 2021 à 14h45 : Ajout du maintien de Guy Vallancien au sein de la commission

A peine installée, la voilà déjà qui tangue. Lancée le 29 septembre, la « commission Bronner », qui porte le nom du sociologue qui la préside, a fait face à de vives critiques ces derniers jours. Chargée de formuler des propositions pour lutter contre l’emprise des théories complotistes et de la désinformation dans le débat public, cette nouvelle instance a été pointée du doigt après la divulgation des membres qui la compose. Réunie pour une toute première session de travail ce lundi après-midi, la commission va donc entamer sa mission dans un contexte tendu. Mais à quoi doit-elle vraiment servir et pourquoi fait-elle polémique ? 20 Minutes ​fait le point.

  • Quel est l’objectif de cette commission ?

L’Elysée a fixé quatre objectifs au sociologue Gérald Bronner et aux treize membres qui doivent l’accompagner dans cette tâche. Le premier vise à « définir un consensus scientifique […] sur l’impact d’Internet dans nos vies ». Le second consiste à « formuler des propositions » touchant à la fois à l’éducation, à la prévention, à la régulation et à la judiciarisation des « entrepreneurs de haine » en ligne.

Troisième objectif, « proposer de nouveaux espaces communs » en ligne promouvant « la démocratie », « la citoyenneté » et le « collectif ». Enfin, la commission devra « développer une analyse historique et géopolitique » des menaces internationales auxquelles la France est aujourd’hui exposée sur Internet. Pour mener à bien cette tâche, les membres de la commission disposent de deux mois pour auditionner les experts susceptibles de répondre à ces quatre thématiques avant de rendre un rapport courant décembre.

  • Pourquoi sa composition pose-t-elle question ?

La charge est arrivée dès le lendemain de l’installation de la commission et s’est cristallisée autour d’un des membres : le chirurgien Guy Vallancien. Dans une tribune publiée le 30 septembre dans Le Monde, la pneumologue Irène Frachon, à l’origine de l’alerte sur les dangers du Mediator, a mis en cause ce professeur de médecine. Selon elle, Guy Vallancien a été l’un des « fers de lance d’une nébuleuse de médecins de haut rang, professeurs de médecine, parfois académiciens de médecine, qui, depuis des années et sans vergogne, tentent de discréditer, minimiser, voire nier la gravité du drame humain causé par le Mediator ». Pour appuyer son propos, la pneumologue pointe deux publications signées par le professeur Vallancien, l’une datant de 2015 et l’autre de 2016.

Dans la foulée, un article publié le 1er octobre par Libération dans sa rubrique « CheckNews » rappelait que Guy Vallancien était impliqué dans l’affaire du « charnier » de l’université Paris-Descartes. Ce scandale, révélé par la journaliste Anne Jouan dans L'Express en 2019, mettait en cause le centre du don des corps (CDC) accusé de conserver depuis des années des cadavres dans des conditions désastreuses. Or Guy Vallancien a dirigé le CDC pendant dix ans, entre 2004 et 2014. Enfin, quelques semaines avant l’installation de la commission, l'hebdomadaire Marianne a publié une enquête visant ce même médecin, indiquant qu’il avait été visé par un blâme de l’Ordre des médecins pour un certificat médical jugé « mensonger ».

Au-delà de cette polémique, plusieurs internautes ont également déploré l’absence de juriste ou d’experts du droit dans cette commission. Or, l’un des objectifs fixé par l’Elysée porte spécifiquement sur la réponse judiciaire aux « entrepreneurs » de la haine en ligne.

  • Quelle a été la réponse de la commission ?

Invité dimanche 3 octobre de l’émission C Politique sur France 5, le sociologue Gérald Bronner a réagi à ces critiques. « Guy Vallancien, il faut le rappeler, est un très grand médecin, un très grand chirurgien avec une reconnaissance de ses pairs à l’international. Il est membre de l’Académie de médecine et c’est évidemment pour cela que nous avons pensé à lui », a-t-il expliqué en préambule.

« Et puis j’ai découvert – comme vous – toute cette histoire, je ne suis pas un inspecteur de police […]. La première réunion de la commission va avoir lieu demain et nous déciderons collectivement », a-t-il ajouté, avant d’accuser des « esprits malveillants de radiographier chacun des membres ».

Réunie pour la première fois en session de travail ce lundi soir, la commission a décidé du maintien de Guy Vallancien au sein de la commission après l’avoir « longuement entendu », a fait savoir Gérald Bronner à France Inter. Guy Vallancien a notamment dénoncé la « désinformation » dont il fait l’objet, rapporte la radio publique.