«On espère trouver 50 petites soeurs à la Terre»

INTERVIEW La mission Kepler expliquée par une astronome californienne spécialiste de la recherche de planètes extra-solaires...

Propos recueillis par Philippe Berry

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Le nuage du Pelican, dans la constellation du Cygne
Le nuage du Pelican, dans la constellation du Cygne — Nasa
De notre correspondant à Los Angeles

 

Ce vendredi si tout va bien, un lanceur de la Nasa doit mettre en orbite la sonde Kepler. Située suffisamment loin de la Terre pour ne jamais se trouver dans son ombre et tournant autour du soleil, Kepler pointera ses capteurs pendant 3 ans au minimum vers une zone de la région du Cygne et de la Lyre contenant 100.000 étoiles. Une seule et unique mission: traquer des planètes semblables à notre bonne vieille Terre.

 

Debra Fischer, professeur d’Astronomie à San Francisco State University et membre du California and Carnegie Planet search Program, est une chasseuse de planètes. Elle confie ses espoirs à 20minutes.fr.

 

En quoi Kepler est-elle différente du satellite Hubble ou de la sonde européenne Corot?
Huble ne peut regarder que dans des zones très précises. Kepler se rapproche beaucoup plus de Corot, avec sa capacité à observer une vaste zone. Mais alors que la mission européenne avait de multiples objectifs et devait ainsi souvent changer son champ d’observation, Kepler est la première mission qui pointera ses capteurs sans interruption, pendant plusieurs années, au même endroit, à la recherche d’exoplanètes (planètes situées en dehors du système solaire, ndr).

 

Kepler ne peut pas directement observer ces planètes. Comment cela marche-t-il concrètement?
On observe ces étoiles à la recherche d’une baisse de luminosité provoqué par le passage d’une planète en transit. Si cela se produit une fois, on se dit «tient, il y a peut-être quelque chose». Si cela se reproduit une seconde fois voire une troisième, à intervalle régulier, alors on a gagné le gros lot.

 

Quel type de planètes s’attend-on à trouver?
Jusqu’à présent, à cause de nos limitations techniques, presque toutes les exoplanètes découvertes sont des géantes gazeuses ou bien de gigantesques planètes en orbite très rapprochée de leur étoile. La plus petite exoplanète fait environ quatre fois la Terre. Avec Kepler, on devrait pouvoir détecter des planètes non seulement de la taille de la Terre, mais surtout situées dans une zone «habitable».

 

Combien les scientifiques espèrent-ils en trouver? Certains pensent que des jumelles de la Terre sont plus rares qu’on ne l’imagine...
On table sur une cinquantaine, d’après nos observations et nos connaissances actuelles. Mais on ne peut jamais être certain, il faut être humble. Si nous n’en trouvions pas, ce serait une immense déception. Du nombre que l’on trouvera dépendra en grande partie l’avenir des programmes de recherche d’exoplanètes.

 
 

Ces étoiles sont situées entre plusieurs centaines et plusieurs milliers d’années lumière de la Terre. Ne pouvait-on pas regarder plus près?
L’équipe à laquelle j’appartiens et une autre en Suisse observent attentivement Proxima et Alpha Centauri (les étoiles les plus proches du Soleil, à 4,3 années lumière). Si l’on arrivait à trouver une planète semblable à la Terre autour, ce serait formidable. Mais même si l’on parvient à construire un mini vaisseau-robot capable de voyager à 10% de la vitesse de la lumière, il faudra 40 ans aller et autant au retour. Mais je suis une optimiste. Cela pourrait arriver dans 50 ans ou plus.

 

Les voyages humains, ce n’est donc pas pour demain...
Non. Pour l’instant, on se heurte à une problématique: plus un objet accélère et plus sa masse augmente. Quant à imaginer des «raccourcis» de type effet tunnel (à lire ici en termes compréhensibles), cela semble pour l’instant improbable pour des corps complexes.

 

Que répondez-vous aux cyniques qui se demandent à quoi cela sert d’investir 600 millions de dollars dans Kepler pour observer des étoiles tellement loin qu’on ne pourra jamais y aller?
C’est l’éternel débat. Mais si l’on regarde les sommes consacrées aux sciences et à l’exploration spatiale, ce n’est qu’une infime fraction de l’argent dépensé dans la guerre par exemple. Observer ces étoiles nous permet de progresser dans notre compréhension des origines de la vie, de notre place dans l’univers. Sans compter que de nombreuses technologies développées dans ce cadre contribuent à améliorer notre condition de vie ici. Et il faut bien rêver un peu, surtout en ce moment.