Un vieil homme perdu, «sauvé» de la rue grâce à un appel lancé sur Facebook par une boulangère

BELLE HISTOIRE Un vieil homme de 69 ans, qui errait du côté du square Léon-Blum à Puteaux, a été « sauvé » de la rue grâce à la générosité et à l’obstination d’une boulangère

Hakima Bounemoura

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La boulangère de «la Rose de Puteaux» avec au centre, le vieil homme qui errait dans la rue, près du square Léon-Blum à Puteaux.
La boulangère de «la Rose de Puteaux» avec au centre, le vieil homme qui errait dans la rue, près du square Léon-Blum à Puteaux. — Sondes Jerou
  • Un vieil homme, qui errait du côté du square Léon-Blum à Puteaux, a été « sauvé » de la rue grâce à la générosité et à l’obstination d’une boulangère.
  • Le vieil homme, qui ne parlait ni français ni anglais, ne faisait pas la manche, ne buvait pas, et n’avait rien sur lui, même pas un sac.
  • La boulangère a réussi à communiquer avec lui grâce à Google translate. Elle a ensuite posté un avis de recherche sur Facebook pour retrouver ses proches.
  • L’homme, originaire de Macédoine, était en fait venu voir sa fille, qui habite en France à Limoges. Elle l’avait mis dans un taxi pour l’aéroport de Beauvais, mais il s’est fait voler son passeport, et attendait qu’on lui vienne en aide.

C’est une belle histoire, comme on en a peu l’habitude de voir ces derniers temps… Un vieil homme, qui errait du côté du square Léon-Blum à Puteaux (Hauts-de-Seine), a été « sauvé » de la rue grâce à la générosité et à l’obstination d’une boulangère, qui a remué ciel et terre pour lui venir en aide. « Cela faisait trois semaines qu’il était là. Il ne faisait pas la manche, ne buvait pas, et ne demandait rien. Il dormait juste dehors, sans rien dire. Il n’avait rien sur lui, même pas un sac. Ça nous a tous intrigué », explique à 20 Minutes Jennifer, une habitante du quartier.

Rapidement, un élan de solidarité s’organise autour de ce vieux monsieur, qui ne parlait pas un mot de français, ni d’anglais. « On lui a offert à boire, à manger, des couvertures… Et puis un mercredi matin, j’ai voulu lui apporter une bouteille d’eau et des biscuits, mais il n’était plus là », raconte Jennifer. Le vieil homme avait entre-temps trouvé refuge chez la boulangère du quartier, qui ne supportait plus de le voir dormir dehors, dans le square.

« J’ai réussi à communiquer avec lui grâce à Google translate »

« Je ne peux pas l’expliquer de manière rationnelle, mais j’ai eu un pressentiment, j’ai senti qu’il avait besoin de moi. Qu’il y avait une histoire derrière ce regard rempli de tristesse », explique à 20 Minutes Sondes Jerou, responsable de la boulangerie « La Rose de Puteaux ». « Le voir errer dehors, jour après jour, m’était devenu insupportable. Je lui ai alors promis de lui trouver un toit ». Après avoir appelé le 115 [Samu social de Paris], la boulangère s’adresse au Secours catholique, au service social de la mairie de Puteaux puis au commissariat de la ville. Sans réel succès. « Je lui ai alors payé une chambre d’hôtel, malgré mes modestes moyens. Il a dormi presque 24 heures d’affilée. Puis je l’ai accueilli chez moi », explique la mère de famille de quatre enfants.

Sondes Jerou se met alors en tête de retrouver les proches du vieil homme, qui ne parlait pas un mot de français, et n’avait sur lui aucun papier d’identité. Excepté un document déchiré écrit en alphabet macédonien, et un billet d’avion pour un vol le 27 mars entre Paris-Beauvais et Skopje, capitale de la Macédoine. « Comme je ne pouvais pas lui parler, je lui ai montré une carte du monde. Il a désigné avec son doigt la ville de Bitola [située en Macédoine du Nord]. Puis on a réussi à échanger quelques mots grâce à Google translate, il m’a ainsi confirmé qu’il était originaire de ce petit village », raconte Sondes Jerou.

Un document écrit en macédonien retrouvé sur le vieil homme.
Un document écrit en macédonien retrouvé sur le vieil homme. - Sondes Jerou

« J’ai contacté sur Facebook toutes les personnes originaires de ce petit village de Macédoine »

Après avoir, en vain, tenter de contacter le consulat de Macédoine, la boulangère entreprend de poster un avis de recherche sur les réseaux sociaux. « Si quelqu’un le reconnaît ou veut bien l’aider à retrouver sa famille, contactez-moi (…). Partagez mes amis Français. SVP, il a besoin de nous ! », écrit la boulangère dans un message posté sur Facebook. Pour accroître les chances de réponse, elle ajoute toutes les personnes mentionnant dans leur compte Facebook et Instagram le nom de ce village, puis leur écrit à chacun un petit message, avec la photo du vieil homme et une vidéo dans laquelle il s'exprime en macédonien. « En une heure, j’ai reçu des dizaines et des dizaines de messages de soutien, et d’aide à la traduction notamment ».

Le message envoyé sur Facebook par la boulangère de Puteaux.
Le message envoyé sur Facebook par la boulangère de Puteaux. - Sondes Jerou

« Puis j’ai reçu un coup de fil d’un jeune homme qui avait reconnu, sur la photo postée sur les réseaux sociaux, son grand-père », explique Sondes Jerou. Au téléphone, le garçon lui raconte alors que son grand-père, âgé de 69 ans, avait disparu depuis une dizaine de jours, et que toute sa famille était à sa recherche. « Il était venu de Macédoine pour voir sa fille, qui habite en France à Limoges. Elle l’a mis dans un taxi pour l’aéroport de Beauvais, mais on lui a volé ses affaires et son passeport. Il est arrivé par le plus grand des hasards à Puteaux, probablement par la navette Beauvais-Porte Maillot, et devait sûrement attendre qu’un miracle se produise », raconte la boulangère. « Vous imaginez, 69 ans, ne parlant ni anglais ni français, sans papier ni argent, en France », s’étonne encore Jennifer, l’une des habitantes du quartier.

Sa fille est venue le jour même de Limoges pour récupérer son père. « On a beau critiquer les réseaux sociaux, mais ils peuvent être un formidable outil d’entraide. Sans Facebook, ce vieil homme aurait peut-être passé le reste de sa vie dans la rue, comme tous ces SDF que l’on croise régulièrement en bas de chez soi », ajoute la boulangère de « La Rose de Puteaux », qui envisage aujourd’hui de lancer une association dans les Hauts-de-Seine pour venir en aide aux plus démunis.