Chelsea Manning, candidate au Sénat américain déjà dans la tourmente

ETATS-UNIS L’ancienne lanceuse d’alerte de Wikileaks veut devenir sénatrice, mais des photos la montrant en présence de figures de l’alt-right pourraient compliquer les choses…

O. P.-V.
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Extrait de la vidéo de candidature de Chelsea Manning, diffusée le 14 janvier 2018.
Extrait de la vidéo de candidature de Chelsea Manning, diffusée le 14 janvier 2018. — AP/SIPA
  • Chelsea Manning est sorti de prison en mai 2017, après sept ans de détention pour avoir fourni des documents sur l'armée américaine à Wikileaks.
  • Le 14 janvier 2018, elle a annoncé sa candidature aux sénatoriales américaines, dans le Maryland.
  • Des photos de sa présence à un gala pro-Trump avec des membres de l'alt-right ont semé le doute parmi ses soutiens sur son image progressiste.

Première candidature, et première polémique. Chelsea Manning​ est en train de découvrir la politique dans toutes ses composantes. L’ancienne lanceuse d’alerte, condamnée en 2013 à 35 ans de prison par la justice américaine pour avoir fourni des documents confidentiels à Wikileaks, libérée en mai 2017 après une réduction de peine accordée par Barack Obama, a décidé de se porter candidate aux élections sénatoriales américaines prévues le 6 novembre prochain.


Chelsea Manning veut se présenter dans le Maryland, dans le nord-est du pays (où se trouve Baltimore), face au républicain Ben Cardin, en poste depuis 2007. D’un tweet, elle a annoncé sa candidature le 14 janvier sous les couleurs du parti démocrate : « Nous vivons dans la peur, dans la répression, dans la haine. Nous n’avons pas besoin de plus ou de meilleurs leaders, nous avons besoin de quelqu’un prêt à se battre », a-t-elle justifié en vidéo.

« Une opportunité pour les espionner »

Mais il n’a fallu qu’une semaine pour que la candidature de Manning se retrouve déjà dans la tourmente. Le site américain Buzzfeed a signalé sa présence à un gala le 20 janvier en l’honneur de la première année de présidence de Donald Trump. Pas très « liberal » dans l’esprit (au sens américain, de gauche). S’y trouvaient, selon l’article, « des centaines de militants pro-Trump sur Twitter, des figures de sites d’extrême droite et des types affichant des pins’s Pepe The Frog [qui] sont descendus samedi soir dans une boîte de nuit de Hell’s Kitchen ».


Chelsea Manning s’est expliquée sur sa présence, toujours par Twitter. Elle plaisante en disant avoir refusé « tous les selfies » et indique avoir « saisi une opportunité pour les espionner, car l’idéologie qu’ils soutiennent menace tout le monde ».

La soirée était organisée par Mike Cernovich, figure majeure de l’alt-right, l’extrême droite américaine qui soutient activement le président Donald Trump sur les réseaux. Proche du célèbre complotiste Alex Jones, auteur de vidéos pour vanter le bitcoin auprès de son audience, et ardent promoteur du Pizzagate, cette théorie farfelue qui a empoisonné la campagne d’Hillary Clinton, Cernovich a multiplié les tweets pour contredire la version de Chelsea Manning et semer le doute parmi les soutiens de l’ancienne analyste.

« La gauche est en panique »

« Oui, j’ai littéralement serré la main de Chelsea Manning, la gauche est en panique, ce n’était pas grand-chose », a-t-il publié, avant de mettre en ligne des photos de la jeune femme tout sourire en compagnie du fondateur de Vice Gavin McInnes, soutien de Donald Trump et « troll d’extrême droite » selon Slate.

Ces images ont poussé de nombreux soutiens de Chelsea Manning à s’interroger sur ses accointances politiques. Le journaliste britannique Glenn Greewald, qui a publié dans le Guardian les révélations d’Edward Snowden, l’a défendue sur Twitter, toujours : « Se questionner sur elle est 100 % légitime, mais quelqu’un avec son histoire – elle a été en prison pendant sept ans pour avoir rendu publics des crimes de guerre américains, a subi des abus qualifiés "d’inhumains" par l’ONU et a défendu les droits des transexuels alors qu’elle était enfermée dans une prison militaire – mérite le bénéfice du doute sur le fait qu’elle ne soit pas une fasciste ».