Sur les réseaux sociaux, un boycott des produits catalans s’organise

ESPAGNE Un hashtag a fait le tour du Web depuis la déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne…

O. P.-V. (avec AFP)

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Après avoir célébré toute la nuit son indépendance le 27 octobre 2017, la Catalogne se réveille  placée sous tutelle et avec une assemblée dissoute.
Après avoir célébré toute la nuit son indépendance le 27 octobre 2017, la Catalogne se réveille placée sous tutelle et avec une assemblée dissoute. — Santi Palacios/AP/SIPA
  • Des internautes opposés à l'indépendance catalane visent l'économie de la région.
  • #BoicotProductosCatalanes est le hashtag dédié sur les réseaux sociaux.

Dommage collatéral. Les velléités indépendantistes du gouvernement catalan, cristallisées par la déclaration unilatérale d’indépendance prononcée vendredi par Carles Puigdemont, menacent potentiellement la santé économique de la communauté autonome d’Espagne. Locomotive économique représentant 19 % du PIB du pays, la Catalogne réalise également 35 à 40 % de ses exportations vers le reste du territoire espagnol.

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Un angle d’attaque pour les opposants à l’indépendance, rapporte Les Echos. Le quotidien liste les marques les plus célèbres de la région, comme les producteurs de cava (le mousseux catalan) Freixenet et Codorníu, le fabricant de voiture Seat, la brasserie Estrella Damm, ou encore les marques d’eau Font Vella et Vichy Catalan, toutes en ligne de mire des partisans de l’unité espagnole.

« La majorité des clients perdus n’ont jamais été récupérés »

Comme souvent, c’est parti des réseaux sociaux, avec le hashtag #BoicotProductosCatalanes. Les appels à arrêter d’acheter produits alimentaires, médicaments ou voitures fabriqués en Catalogne, région espagnole qui menace de faire sécession, inquiètent les entreprises sur place et dans le reste de l’Espagne, qui craignent de se retrouver prises dans un jeu destructeur pour toute l’économie.

L’impact réel reste encore difficile à évaluer. Pour le cava par exemple, « nous avons eu quelques clients qui ont moins acheté », notamment à Madrid, « mais cela reste à confirmer car le gros des commandes démarre en novembre » en prévision de Noël, explique Rosa Rebula, gérante du producteur Rosell i Formosa.

Mais il y a des conséquences directes. Certains clients ont expliqué très clairement qu’ils avaient suspendu leurs achats pour des raisons politiques. « Ah ça oui, ils nous ont dit de ces choses ! Ils ne comprennent pas la situation, c’est tout », regrette celle qui a déjà subi un boycott du cava en 2004, après des déclarations d’un politicien catalan appelant à boycotter la candidature de Madrid aux jeux Olympiques de 2012. Le mouvement avait été « très intense. Et la majorité des clients perdus n’ont jamais été récupérés. Les conséquences peuvent être graves » cette fois aussi, s’inquiète-t-elle.

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« Chaque fois que nous boycottons un produit catalan, nous nous tirons une balle dans le pied »

D’autres s’inquiètent du risque d’effet boomerang pour le reste de l’Espagne. « Chaque fois que nous boycottons un produit catalan, nous nous tirons une balle dans le pied », a mis en garde Francisco Javier Peinado, de la Confédération régionales des entreprises d’Estrémadure (sud-ouest), dans un entretien au quotidien El Pais.

De nombreux produits sont en effet fabriqués en Catalogne avec des matières premières venant du reste de l’Espagne, par exemple de la farine pour les pizzas. L’un des principaux syndicats espagnols, CCOO, a aussi dénoncé comme « ridicules et contre-productifs » les appels au contre-boycott lancés par certains indépendantistes contre les entreprises ayant transféré leur siège social hors de Catalogne, notamment les grandes banques.

Ce type d’initiatives pousse à « consolider dans le temps » le départ des entreprises et pourrait avoir des conséquences « sur l’emploi direct et indirect ». Au sein du gouvernement catalan, le conseiller « entreprises » Santi Vila s’est lui-même montré critique : « Stresser les banques (…) ce n’est pas la meilleure façon d’agir. Mettre l’économie en danger, c’est marquer un but contre son camp ».