Images de répression en Catalogne: «Le problème de Rajoy, c’est la perte de contrôle»

ESPAGNE Les vidéos et photographies de la répression policière à l’encontre des électeurs catalans ont été nombreuses sur Internet…

O. P.-V.

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Une dame le visage en sang en Catalogne le 1er octobre 2017.
Une dame le visage en sang en Catalogne le 1er octobre 2017. — Twitter/capture d'écran

Une vieille dame le visage en sang, des civils frappés sans raison par les autorités, des policiers encagoulés arrachant les urnes dans les bureaux de vote… Les images qui ont fait le tour des réseaux sociaux dimanche, jour du référendum d’autodétermination organisé par le gouvernement catalan, ont nourri la contestation envers le pouvoir central espagnol, mené par Mariano Rajoy.

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« Le problème pour Rajoy, c’est la perte de contrôle. La répression, c’est une chose, cela se produit dans beaucoup de pays. Mais devant les caméras et les téléphones portables, c’est quasiment une faute professionnelle pour un homme politique », explique Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en information et communication à l’université de Bourgogne Franche-Comté.

Nicolas Maduro ironise

Le président vénézuélien Nicolas Maduro, lui-même en proie à une contestation populaire, a réagi aux nouvelles venues de Catalogne dimanche, lançant au chef du gouvernement espagnol un « « Qui est le dictateur ? » très ironique.

« Passer pour le chef d’Etat qui réprime son peuple devant les caméras et les twittos du monde entier, ça n’est pas un choix politique intelligent », ajoute le spécialiste de la com’ politique. D’autant que ces images resteront : « Il y a une fonction testimoniale dans un tweet. Ça laisse une trace, ça a vocation à durer. Et la grande force de l’image, c’est qu’elle est sans filtre, elle passe directement dans le cerveau sans transiter par la case réflexion. Elle imprime la rétine et la mémoire durablement. »

Le mal est fait pour le pouvoir madrilène

N’était-ce pas d’ailleurs ce que souhaitait le gouvernement catalan ? Quelques jours avant le référendum, Bernard Bessiere, spécialiste de l’Espagne et enseignant à l’université Aix-Marseille, expliquait à 20 Minutes que le président de la communauté autonome, Carles Puigdemont, était allé tellement loin dans le processus de consultation populaire, sans aucune garantie sur son issue, qu’il risquait de se retrouver sans solution : « Il s’est engagé, et maintenant il est prisonnier de cette promesse, c’est une fuite en avant, il ne peut plus dire "on arrête tout". »

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Ces images de répression sont donc allées en faveur de la Generalitat, le pouvoir catalan, qui a « vraisemblablement joué là-dessus, ou du moins espéré que cela se produise en pariant sur la traînée de poudre en ligne », explique Alexandre Eyries. Comment Madrid peut se remettre de cette journée ? « Pour le gouvernement Rajoy, une stratégie de déculpabilisation a posteriori est éventuellement possible, en invoquant la "violence légitime" de l’Etat quand elle est censée garantir l’ordre dans la société. Mais c’est un peu tardif, vu la vitesse à laquelle les images ont été diffusées, je ne vois pas vraiment ce que peut faire le gouvernement espagnol », conclut l’enseignant-chercheur.