La traque et l'agression d'un néonazi organisée sur Twitter suscite un vif débat aux Etats-Unis

JUSTICE Dimanche 17 septembre, la photographie d’un sympathisant néonazi dans un bus de Seattle a été diffusée sur Twitter et sur le forum Reddit. Il a été violemment agressé…

Helene Sergent

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Des militants néonazi à Los Angeles en avril 2010.
Des militants néonazi à Los Angeles en avril 2010. — MARK RALSTON / AFP
  • Plusieurs militants antifascistes américains ont diffusé via leurs comptes Twitter une photo et la localisation d’un homme arborant un brassard avec une croix gammée.
  • La police de Seattle a également été alertée par plusieurs passants.
  • Le sympathisant néonazi a été retrouvé à terre par les forces de l’ordre, après avoir été violemment frappé.

Moins de deux heures se seront écoulées entre la publication de la photo d’un néonazi sur Twitter et son agression. Dimanche 17 septembre, un militant antifasciste publie sur le réseau social une photo, reçue d’un tiers, d’un homme assis dans un bus arborant un brassard surmonté d’une croix gammée. Dans un premier message il écrit : « Une m**de nazi a été vue sur la ligne D en direction du centre-ville de Seattle. Les usagers me disent qu’il aurait harcelé un homme noir dans le bus. »

Entre-temps, plusieurs internautes reprennent l’information et signalent la présence de l’homme au brassard nazi, ajoutant parfois sa localisation précise. Jusqu’à ce qu’émerge quelques minutes plus tard une vidéo (violente) de ce même militant d’extrême droite, entouré de plusieurs passants et violemment frappé au visage par l’un d’eux.

La police de Seattle a confirmé, toujours sur Twitter, être intervenue dimanche : « Nous avons reçu plusieurs signalements à propos d’un homme, provoquant et portant une croix gammée (…) la police s’est rendue sur les lieux en cinq minutes et a constaté que l’homme en question était à terre. Il a refusé de donner plus de détails à propos de cet incident et est parti après avoir enlevé son brassard. »

« Punch a Nazi »

Cette histoire, rapidement devenue virale, a suscité sur le forum Reddit des centaines de commentaires. « Peut-on frapper un nazi ? Si c’est moral, est-ce pour autant légal ? », s’interrogent les internautes. Un questionnement philosophique qui a pris, ces dernières semaines, une certaine place dans le débat public américain. A la suite de la mort d’une militante antifasciste, tuée par un véhicule qui a foncé sur la foule lors d’un rassemblement à Charlottesville en Virginie, le mot-clé «  Punch a nazi » (« Frapper un nazi ») est apparu sur Twitter.

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Interrogé par le New York Mag et par le site Buzzfeed aux Etats-Unis, l’un des militants antifascistes à l’origine de la diffusion de la photo prise à Seattle se justifiait ainsi : « Nous avons identifié, traqué avec succès cet individu et nous sommes coordonnés pour le neutraliser et préserver Seattle. » En réalité, difficile de déterminer le véritable rôle joué par les réseaux sociaux et la personne ayant porté le coup n’a pas été retrouvée, ni par les autorités, ni par les médias ayant couvert l’affaire.

Quid de la complicité ?

Pour le propriétaire du compte Twitter @teethnclaws, de telles pratiques sont justifiées : « Les fascistes font la même chose. L’extrême droite a déjà tué 27 personnes cette année aux Etats-Unis, y compris certains de mes camarades. J’ai moi-même été poignardé deux fois en sept ans par des néonazis. Les fachos nous traquent et nous tuent. C’est pour cette raison que nous sommes obligés de nous organiser ».

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En France, la publication sur Twitter de tels messages suivie d’une agression réelle de la personne mentionnée, pourrait être visée par la qualification de « complicité » (article 121-7 du Code pénal). Difficile toutefois de prouver dans quelle mesure ces messages postés sur Twitter et accompagnés de photos, constituent une « aide » ou une « assistance » dans la commission de l’agression. Une jurisprudence qui pourrait émerger dans les années à venir...