VIDEO. «Les médecins qui ont toujours une heure de retard» : La réponse d’un généraliste à ceux qui se plaignent

COUP DE GUEULE Le jeune médecin généraliste raconte son quotidien pour expliquer la réalité de son métier à ceux qui se plaignent de passer trop de temps dans la salle d’attente…

A.B.

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Sur sa page Facebook, le médecin généraliste a posté une vidéo dans laquelle il explique que, si les médecins généralistes ont parfois du retard, c'est pour consacrer à leurs patients le temps dont ils ont besoin.
Sur sa page Facebook, le médecin généraliste a posté une vidéo dans laquelle il explique que, si les médecins généralistes ont parfois du retard, c'est pour consacrer à leurs patients le temps dont ils ont besoin. — Baptiste Beaulieu / Facebook

Tout est parti d’un commentaire posté sur Facebook : « Ces médecins qui ont systématiquement 1 heure de retard me gonflent !!!!! Grrrrrrrr. » Lorsque Baptiste Beaulieu, médecin généraliste installé dans le Sud, a lu ce commentaire posté par l’une de ses connaissances sur le réseau social, il n’a pas pu s’empêcher de réagir.

S’il a tout de suite voulu expliquer sa façon de penser à la personne en question, il a réalisé que, lui aussi, avait souvent une heure de retard pour ses consultations. Mais, pour rabattre le caquet de ceux qui se plaindraient plus vite que leur ombre de passer trop de temps dans la salle d’attente de leur médecin, il a raconté, dans une vidéo postée sur YouTube, la réalité de son métier au quotidien, qui dépasse largement la notion d’horaire à tenir.

« Je n'ai pas tapoté ma montre en disant : "ding dong, c’est fini" »

Il y a le planning, un agenda bien rempli par les consultations, chacune consignée à un horaire dédié sur le papier. Et il y a la réalité, plus élastique, et aléatoire face à l’humain. « Pas plus tard que la semaine dernière, lundi, j’ai eu une heure de retard, commence le jeune médecin. Une patiente, qui avait pris rendez-vous pour un certificat médical, s’est mise à pleurer au bout d’un quart d’heure. Elle me disait que quand elle voyait une fenêtre elle avait envie de sauter, raconte-t-il. Je vous avoue qu’au bout d’un quart d’heure j’ai continué à l’écouter, cette dame, je n'ai pas tapoté ma montre en disant : "ding dong, c’est fini". »

Le lendemain, c’est un SDF poignardé et déposé par la police à son cabinet qui a retardé son planning. Le jour d’après, l’heure de retard s’est creusée par l’arrivée d’un patient qui, venu consulter pour des maux de dos, s’est vu diagnostiquer un infarctus : « Le chieur, quoi ! ironise le médecin. Il appelle, il dit "j’ai mal au dos" et, bam, il te tape un infarctus. » Le jeudi, là encore, Baptiste Beaulieu a eu une heure de retard. La raison : « Une patiente, que je connais bien, s’était encore fait tabasser par son mari », explique le médecin.

Poursuivant le récit de sa semaine écoulée, le jeune homme a précisé qu’il n’avait pas eu de retard le vendredi. Mais Baptiste aime à croire que ses patients sont « rassurés de savoir que, si un jour ils ont envie de sauter par une fenêtre ou qu’ils se font poignarder dans la rue, qu’ils se font taper dessus ou qu’ils font un infarctus, ils seront contents d’avoir en face d’eux un médecin qui est prêt à attendre trois quarts d’heure, une heure pour être avec eux, les écouter et les soutenir. »

« J’aimerais bien que ma petite maman me prenne dans ses bras »

Le médecin, auteur de livres à ses heures perdues, a profité de ce coup de gueule pour dire qu’il ne « compren[ait] pas trop pourquoi on peut râler et traiter les médecins de gens insupportables parce qu’on doit attendre une heure dans la salle d’attente », rappelant que « si votre médecin a eu une heure de retard, c’est que neuf fois sur dix il a une raison plus importante que votre emploi du temps. »

Lorsqu’il ferme son cabinet le vendredi soir, le généraliste est parfois éprouvé par tout ce à quoi il fait face durant la semaine, y compris l’agressivité de certains patients, citant au passage l’agression d’un médecin de Saint-Denis, qui s’est fait briser les deux mains par un patient. « Certains soirs, je suis soulagé » que certains patients n’aient pas passé le stade de l’agressivité, poursuit-il, avant de confier : « parfois, j’aimerais bien que ma petite maman me prenne dans ses bras et me dise que, tout ça, c’est faux ».

La vidéo, pleine d’émotion, a récolté une vague de commentaires compatissants sur Facebook. Pour l’heure, la vidéo de moins de quatre minutes a déjà été visionnée plus de 160 000 fois en à peine quatre jours.