Qu’est-ce qu’un geek aujourd’hui?

HIGH-TECH Un documentaire, «Suck my geek», se penche sur la culture de ces passionnés d’informatique et de mondes virtuels…

Alice Antheaume

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Image extraite du documentaire "Suck my geek"
Image extraite du documentaire "Suck my geek" — DR

Plus d’un an après la publication sur le Net d’une bande-annonce sur la culture des geeks, ces passionnés d’informatique et de mondes virtuels, le documentaire «Suck my geek» (jeu de mots sur «Suck my dick», les anglophones traduiront) sera diffusé le 30 novembre sur Canal +. Ce film de 52 minutes est l’œuvre de Tristan Schulmann et Xavier Sayanoff, deux «semi-geeks» comme ils le disent eux-mêmes.




A quoi reconnaît-on un geek?
«Difficile, répond l’un des auteurs du documentaire. Car il y a autant de définitions de la geekitude que de geeks». Parmi ceux-ci, certains sont fanatiques de programmation informatique, d’autres de jeux vidéos, de science-fiction ou de mangas, d’autres encore de références mythologiques. Mais une chose est sûre : «si vous posez la question «qui est le plus fort entre Hulk et Superman?» et que le type en face de vous s’énerve pour y répondre, alors c’est un geek», sourit Tristan Schulmann.

Mais le geek a d’autres caractéristiques. Portrait en six points.

1. Le geek évolue dans une autre réalité

«Il a le syndrome de Peter Pan, explique Tristan Schulmann. Ado, il jouait aux cartes Magic et se passionnait pour les sciences. Adulte, il fait pareil». Autrement dit, il vit le plus souvent dans un monde imaginaire rempli d’elfes, d’avatars et de code informatique. Mieux: une geekette s’est tatouée «R2D2» sur la cheville, le nom d’un robot de la saga «Star Wars». Dans la bande-annonce du film, ce type, habillé d’une armure, raconte : «se faire mordre par une araignée mutante, ça peut arriver à tout le monde». Si loin de la société et de ses contraintes, que certains revendiquent leur statut de «no life» (sans vie normale).

2. Le geek s'est construit une autre hiérarchie des valeurs
«Se nourrir, dormir ou faire l’amour sont des activités secondaires pour le geek», dit Tristan Schulmann. En effet, dans le documentaire, l’un des témoins passe six mois non stop sans sortir de chez lui, sans relation sentimentale, bloqué sur un programme de son ordinateur, en mangeant ce qui «lui tombait sous la main ou, au mieux, du riz réchauffé dans son rice-cooker».

3. Le langage des geeks
«Je peux parfaitement être féminine et poutrer du zombie dans God of War», s’exclame Isabelle, une des rares geekettes. Le vocabulaire des geeks? Une somme de sigles (IRC signifie «chats entre internautes») et de néologismes. Les jusqu’aux-boutistes peuvent même maîtriser l’Elfique ou le Klingon, la langue des méchants de la série télévisée «Star Trek».

4. Le geek ne décroche jamais
Les auteurs du documentaire ont suivi un de leurs geeks dans un jeu de rôle grandeur nature organisé dans le Larzac pendant une semaine. Derrière leurs caméras, ils filment les scènes, habillés en moines pour se fondre dans le paysage. Or une nuit, à trois heures du matin, Tristan Schulmann passe dans un camp adverse, fatigué par sa journée. Soudain, un ennemi lui tombe dessus, le tue (pour de faux) en le touchant avec son sabre (pour de faux aussi). «Selon leurs conventions, j’aurais dû faire le mort et tomber par terre avant qu’on emporte mon cadavre, se souvient le documentariste. Mais moi, j’avais juste envie de me coucher». Résultat: une embrouille naît entre lui et son assassin, furieux qu’il n’y ait pas tout le cérémonial habituel autour de la mort d’une proie.

5. Le geek a de l’influence
La preuve: les geeks les plus puissants s’appellent Bill Gates, patron de Microsoft, et Steve Jobs, le boss d’Apple. Quentin Tarantino et Peter Jackson en sont aussi. Plus près de nous, Bernard Werber, auteur des «Fourmis» et Alexandre Astier, auteur de la série «Kamelot». Celui-ci a réussi à imposer un «pur produit geek aux téléspectateurs de M6», s’enthousiasme Tristan Schulmann: un «univers à part émaillé de références aux légendes de la Table Ronde et aux mythologies grecque et celte».

Mais surtout, les geeks, férus de nouvelles technologies, maîtrisent l’art du buzz sur le Net. Aux Etats-Unis, ils se mobilisent parfois pour faire changer le titre d’un film (comme «Des Serpents dans l’avion» de David R. Ellis, en 2006), pour décider de l’affiche, pour demander que l’acteur dise telle ou telle réplique. Et les studios américains suivent.

6. Le geek vit avec trente ans d’avance

«Ce sont les geeks qui ont inventé, à la fin des années 70, l’outil de messagerie instantané pour communiquer via ordinateur interposé», rappelle Tristan Schulmann. A l’époque, personne n’aurait pensé que les outils MSN, Yahoo ou Google Talk deviendraient omniprésents dans la vie des internautes d’aujourd’hui. Mais selon les auteurs de «Suck my geek», les geeks sont les inventeurs de la sociabilité du troisième type. «Ils ont été les premiers à sortir de leurs corps pour se représenter virtuellement sous la forme d’avatars. Aujourd’hui, l’avatar est de plus en plus utilisé», des chats jusqu’au monde «Second Life», où chacun est représenté par une figure en 3D.