VIDEO. Pourquoi les robots humanoïdes ne font plus peur

TECHNOLOGIE Rarement sympathiques dans la fiction, les robots qui nous ressemblent n'inquiètent guère ceux qui les utilisent dans la réalité, bien au contraire...

Christophe Quélais

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Des personnes âgées font de la gymnastique avec le robot Nao, à la résidence André-Chénier d'Issy-les-Moulineaux.
Des personnes âgées font de la gymnastique avec le robot Nao, à la résidence André-Chénier d'Issy-les-Moulineaux. — C. Quélais / 20 Minutes

Non seulement les robots sont parmi nous, mais certains humains cherchent déjà à leur accorder des droits. C’est ce qu’on pouvait apprendre lors de la table ronde « En compagnie des robots »*, ce mardi, à la gaîté Lyrique (Paris 3e). D’accord, ils sont mignons, mais les robots humanoïdes, ceux qui nous ressemblent, ont quelque chose d’inquiétant. Il faut dire que, dans la fiction, ils sont rarement sympas. Le Terminator est une froide machine à tuer. Les androïdes de la saga « Alien » sacrifient volontiers des humains à la méchante bestiole. Et les robots du romancier Isaac Asimov comprennent les trois lois de la robotique tellement de travers qu’ils en bouleversent le destin de l’humanité. Sans compter qu’Aico, Warner ou encore Giraff vont nous piquer notre boulot, affirme-t-on souvent. Le monde dérangeant de la série Real Humans commencerait-il à se dessiner ?

« Il ne remplace personne, il assiste »

En pratique, les personnes qui vivent déjà avec des robots ne partagent pas ces craintes. Lors d’une visite à l’Atelier d’Aldebaran Robotics**, un lieu d’exposition de robots, ma propre fille, âgée alors de 2 ans, s’est amourachée de ces machines capables de parler, d’écrire, de danser. Surtout de Nao qui, avec ses 58 cm, est à sa taille. Nao, c’est le petit bonhomme qui veut piquer la place de Thierry Ardisson dans « Salut les Terriens ». Ce robot de compagnie n’a pas d’utilité propre, mais il y en a déjà 7.000 dans le monde. Et partout, il est reçu avec bienveillance. C’est qu’« il ne remplace personne, il assiste », souligne Aurore Chiquot, responsable presse chez Aldebaran Robotics. Nao a été conçu spécialement pour s’intégrer, précise-t-elle. Il est d’une couleur neutre (blanc), aucun fil n’apparaît, on s’adresse à lui par la voix, comme avec n’importe qui. Et il ressemble à un robot, pas à un humain. D’après la théorie de « la vallée de l’étrange », en effet, nous sommes moins dérangés face à un robot s’il a l’air d’une machine.

« Désolé, je n’aime pas trop la chaleur »

Et effectivement, Nao met les gens à l’aise. Ce lundi matin là, je le retrouve à jouer les coachs sportifs dans la salle commune de la résidence André-Chénier à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), entouré de cinq mamies. « Combien de fois voulez-vous faire cet exercice ? » demande-t-il à l’assistance. « Cinq », répond l’une de ces dames. Il lève le genou. Puis le baisse. Les personnes âgées l’imitent consciencieusement et Christophe, l’animateur, complète les instructions. Les temps de réaction du robot font sourire. « Désolé, je n’aime pas trop la chaleur », se défend-il. Après une vingtaine de minutes d’exercices, Raymonde, 86 ans, un verre d’eau à la main, m’explique qu’elle apprécie Nao parce qu’« il est mignon ». Elle est même revenue pratiquer cette activité à cause du robot. « A 91 ans, on demande toujours de la nouveauté », renchérit Yvette, qui aime « la manière de faire » du robot : « On est obligé de faire ce qu’il dit, plus qu’avec l’animateur. » L’intéressé opine. Il ne voit pas dans Nao un remplaçant, mais le moyen de « créer une émulation et de faire venir les gens ».

« Si l’homme a encore sa place, c’est pour concevoir des robots »

Et le phénomène se vérifie avec les plus jeunes. Dans la chaleur d’un gymnase vieillot de l’Ecole normale supérieure, ce 5 juin à Cachan (Val-de-Marne), des adolescents participant à un concours de programmation de Nao les font danser, pousser un chariot ou reproduire des dessins. « Pour moi, dans le futur, les robots pourront réaliser les mêmes tâches que les hommes, mais mieux et plus vite », s’enthousiasme Hugo, 13 ans, du lycée La Mache à Lyon. Mais « si l’homme a encore sa place, c’est pour concevoir des robots », tempère-t-il. Son professeur, Philippe, considère que Nao est « un bon support de travaux pratiques » et qu’il est « attirant », même s’il est cher (plusieurs milliers d'euros). « Nao est là pour aider », estime Florian, 17 ans, élève de terminale au lycée Turgot à Limoges, en me tendant son compte rendu de projet. Lui qui voit les robots intervenir dans le service à la personne a créé des patins à roulettes pour Nao, lui permettant de se déplacer plus vite et d’économiser sa batterie. Le résultat est tout simplement bluffant. Et émouvant.

* Les débats entre un philosophe, un avocat et un scientifique feront l’objet d’un livre aux éditions du Premier parallèle, dont la parution est prévue en janvier.

** L’Atelier Aldebaran est ouvert au public le samedi de 10 h 30 à 13 h et de 14 h à 18 h, au 48, rue Guynemer, Issy-les-Moulineaux.