«Nous avons voulu humilier la CIA», expliquent les jeunes hackers du collectif CWA

HACKTIVISME Avant de disparaître des réseaux sociaux, deux membres se sont confiés à «20 Minutes»...

Philippe Berry

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Illustration hacker.
Illustration hacker. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Ils ont moins de 22 ans. Ils tapent au clavier entre deux bouffées de cannabis. L’un se trouve au Royaume-Uni et a déjà eu affaire à la justice. L’autre est aux Etats-Unis, se déplace de ville en ville et dort dans sa voiture pour « échapper aux autorités ». Mais ces membres du collectif de hackers CWA* ne se font pas d’illusions : après avoir piraté le compte email personnel du chef de la CIA, John Brennan, les jours de leur cavale sont sans doute comptés. « J’espère surtout que je ne serai pas torturé ou condamné à une trop longue peine de prison », soupire Incursio.

« Vous pouvez utiliser nos pseudos Twitter, les autorités ont déjà des infos dessus, c’est sans doute pour ça qu’ils ont laissé le compte de Cracka (le leader du groupe, ndr), @phphax, » ouvert, poursuit son compère, Derp. Vérifier leurs affirmations est compliqué mais une capture d’écran de leur chat des jours précédant la publication des emails par WikiLeaks et des liens vers des documents non publiés semblent confirmer qu’ils ont bien participé au piratage médiatique. « Nous sommes trois anciens membres d’Anonymous mais nous avons quitté le mouvement il y a longtemps », jure le hacker, qui précise que CWA compte six personnes.

« Exploiter la bêtise humaine ne demande aucun effort »

Pourquoi ont-ils visé John Brennan ? « Nous avons voulu humilier la CIA », affirment-ils. « Nous pensions qu’il aurait un système de double authentification, mais même pas. C’était enfantin », notent-ils, expliquant qu’ils n’ont pas eu besoin d’utiliser leurs compétences techniques.

Il leur a suffi de se faire passer pour un employé de l’opérateur Verizon sur une intervention technique pour obtenir l’adresse email du patron de la CIA, son code PIN de vérification et les quatre derniers chiffres de sa carte bancaire. Ensuite, ils ont appelé AOL en demandant une remise à zéro de son mot de passe, en utilisant les informations préalablement obtenues pour s’authentifier. « C’était purement du social engineering, exploiter la bêtise humaine ne demande aucun effort », lâche Incursion.

« Le gouvernement hacke ses citoyens tous les jours »

Leurs motivations sont variées. Le défi et la gloire jouent un rôle. « ''Doxer'' (publier des informations personnelles, ndr) d’une personne de haute autorité, c’est une priorité » pour de nombreux hackers, selon Derp. Mais pour ce citoyen britannique, la politique a pris le dessus.

« Le gouvernement hacke ses citoyens tous les jours, mais quand c’est l’inverse, nous sommes des ''cyberterroristes'' », dénonce-t-il. Selon lui, Edward Snowden est « un héros qui a exposé la surveillance massive » gouvernementale. Il dénonce aussi la situation au Proche-Orient et « les crimes de guerre d’Israël soutenus » par les Etats-Unis. « Libérez la Palestine », renchérit Incursio.

Leur compère Cracka a-t-il vraiment 13 ans, comme il l’a affirmé à des médias américains ? Se connaissent-ils personnellement ? No comment. Mais Incursio promet que le collectif, qui va désormais se cacher, refera parler de lui en novembre ou en décembre. Il hésite. « Si on ne se fait pas arrêter avant… »

(*) CWA signifie « Crackas with attitude », ou en argot, « Petits blancs arrogants », une référence au groupe de hip-hop de Los Angeles de Dr Dre et Ice Cube, NWA, Niggaz with Attitude.