Drones: La nouvelle angoisse des services de sécurité présidentiels

SECURITE Les services de protection font très attention aux petits appareils volants, de plus en plus accessibles et maniables…

Nicolas Bégasse

— 

La police du Michigan fait une démonstration de son «Unmanned Aircraft System», le 15 janvier 2015.
La police du Michigan fait une démonstration de son «Unmanned Aircraft System», le 15 janvier 2015. — Dale G. Young/AP/SIPA

Panique à la Maison-Blanche. Lundi, un petit drone civil s'est écrasé dans le jardin de la résidence présidentielle, au grand dam du service de protection de Barack Obama. Il y a deux semaines, c’est l’Elysée qu’avait survolé un de ces drones. Et on se souvient du sourire crispé d’Angela Merkel quand, fin 2013, un drone non-identifié s’était écrasé à ses pieds lors d’un meeting. Obama, Hollande, Merkel… Les leaders occidentaux vivent-ils sous la menace de ces petits appareils?

Armer un drone, difficile mais pas impossible

L'hypothèse d'un assassinat ciblé d'une personnalité avec un drone «fait partie des choses sur lesquelles les services de sécurité travaillent», assurait en octobre à l'AFP un haut gradé sous couvert d'anonymat. «C’est une vraie problématique, que les services de protection ont bien intégrée», indique à 20 Minutes Jean-Pierre Diot, vice-président de la Fédération française de protection rapprochée. Les drones sont désormais accessibles, maniables et petits, donc difficiles à détecter. «En protection rapprochée on s’en sert, c’est très utile dans la profession, remarque d’ailleurs Jean-Pierre Diot. Mais ça peut se retourner contre nous.»

Car si les gardes du corps, les journalistes, Amazon ou les livreurs de pizza s’adaptent à cette technologie, les terroristes et autres personnes malintentionnées aussi. «La capacité d'intervention tactique d'un drone n'est pas encore possédée par le profil des gens dans la mouvance djihadiste», illustrait en octobre le criminologue Christophe Naudin. «Mais ils vont vite apprendre.» Caméra espionne, explosifs ou jets d’acide, l’appareillage d’un drone, même petit, peut avoir des conséquences graves. «C’est extrêmement préoccupant», signale à Bloomberg un ancien de l’armée américaine ayant enseigné au National War College de Washington. «Une petite quantité d’explosifs peut avoir des effets dévastateurs si elle est amenée au bon endroit.» Au même Bloomberg, le professeur d’aéronautique Benjamin Trapnell prévient: «Armer ce genre de drone serait très difficile –à moins de disposer du bon type d’explosifs.» Difficile, donc. Mais pas impossible.

«Vous ne pouvez pas descendre un drone qui survole une foule»

«Il va falloir trouver des solutions, souligne Jean-Pierre Diot. J’en ai quelques-unes, que je ne vais pas vous révéler mais que je compte soumettre aux autorités pour lesquelles je travaille.» L’expert en protection mentionne tout de même des précautions pouvant être prises en amont: contrôler l’achat des drones, les répertorier, limiter leur autonomie et leurs capacités de déplacement… Des mesures légales auxquelles on réfléchit aussi aux Etats-Unis, où l’incident à la Maison-Blanche intervient alors que la Federal Aviation Administration écrit de nouvelles règles sur l’usage des drones.

Au-delà des textes, que faire quand un drone surgit dans le champ de vision d’un garde du corps? «Tirer sur un petit objet volant est difficile, et il y a le problème des balles perdues», signale à USA Today un expert en sécurité aérienne, qui table plus sur des moyens électroniques pour neutraliser les appareils. Même son de cloche en France: «Vous ne pouvez pas descendre un drone qui survole une foule, c'est bien trop risqué», expliquait le haut fonctionnaire policier interrogé par l’AFP. «Il faut trouver des parades, et pour l'instant, on tâtonne.» Il ne faudrait pas trop tarder. En cette fin janvier, les drones aussi sont en soldes.