VIDEO. Jeux indés et «doujin games» à l’honneur au Tokyo Game Show

JEUX VIDEO Depuis l'an dernier, le Tokyo Game Show, qui se tiendra du 18 au 21 septembre dans la capitale japonaise, fait la part belle aux indépendants...

Mathias Cena

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shindenken

De notre correspondant à Tokyo,

A quelques jours de l’ouverture du Tokyo Game Show, le plus gros salon de jeux vidéo d'Asie, les éditeurs peaufinent leurs démos et préparent leurs stands. Avec une nouvelle tendance: depuis l’an dernier, le TGS, comme d’autres salons internationaux, accueille à bras ouvert les développeurs indépendants. Ils étaient 51 en 2013 et devraient être 68 cette année, venus de 18 pays pour présenter 81 jeux, selon un décompte provisoire.

Si ce glissement est dû en partie à la popularité croissante des jeux «indés» dans le monde entier, la raison est aussi pratique: «Les "purs" studios de développement japonais sont de moins en moins nombreux à se déplacer», explique Kenji Ono, président pour le Japon de l’International Game Developers Association (IGDA). Ce qui explique la surface grandissante allouée aux studios étrangers, ambassades, écoles de design, opérateurs téléphoniques et plates-formes de jeux pour mobile. «Mais les gens veulent jouer à des jeux. Le TGS accorde donc de plus en plus de place aux indépendants», poursuit Kenji Ono.

 «Si on veut trouver un jeu innovant, il faut aller au Comiket»

Cette année, une partie des exposants indépendants du salon seront issus du doujin (prononcé «do-o-djine»), un «cousin» japonais de l’indé. Le terme désigne des œuvres auto-publiées, qui peuvent être des magazines, mangas, romans… ou jeux vidéo. Ces productions «maisons», qui utilisent parfois des personnages ou des éléments d’œuvres existantes, sont essentiellement vendues dans de grands rassemblements comme le Comic Market ou «Comiket», qui a lieu deux fois par an à Tokyo.

Pour créer leurs jeux, ces passionnés se regroupent souvent en «cercles» de personnes aux intérêts communs (le sens littéral du mot «doujin»). Ils sont connus pour l’originalité de leurs œuvres: «Au Japon, on dit souvent que si on veut trouver un jeu vraiment innovant, il faut aller au Comiket», lâche Kenji Ono.

«Moi, j’arrête le temps», un des derniers jeux de Shindenken

Leurs jeux sous le bras, les membres du cercle Shindenken seront cette année au TGS. Isao et Nochi, leurs noms de plume, créent des jeux vidéo pendant leur temps libre depuis 13 ans, à raison de deux ou trois par an: «On s’aligne sur les dates du Comiket», leur vitrine par excellence, explique Isao.

Au fil des ans, ils ont acquis une certaine notoriété dans le milieu, et leurs jeux réputés de qualité, qui mêlent stratégie, action et beaucoup d’éléments de physique, se vendent aussi en ligne sur PlayStation Mobile ou Steam. L’une de leurs créations, «Qlione Evolve», est même disponible sur le store PS3 européen. En 2011, ils ont fait sensation au festival indé du TGS avec «I’m Gonna Be God of the Forest», un god-game délirant aux allures de cartoon dans lequel le joueur influence un écosystème d’animaux herbivores et carnivores et de plantes. «L’idée m’est venue en observant la nature au Laos», raconte Isao, qui dit puiser l’inspiration dans ses nombreux voyages en Asie.

«I’m Gonna Be God of the Forest»

La journée, il développe des applications pour smartphones, mais au fil des ans, c’est son hobby qui a fini par prendre le dessus: «Développer des jeux est passionnant et on en vend pas mal… En réalité, ça me prend maintenant 80% de mon temps et mon "vrai travail" ne me permettrait pas de vivre.»

«Pourquoi les herbivores ont-ils des cornes?»

Le soir, Isao se réunit sur Skype avec ses compères Nochi, le programmeur, et 2g (prononcé «ni-gram»), qui réalise tous les graphismes, pour suivre les progrès du jeu en cours ou discuter de nouvelles idées. «On se bagarre beaucoup, rigole 2g, mais ça nous fait avancer. Nos débats sur la forme des pissenlits ou sur "Pourquoi les animaux herbivores ont-ils des cornes?" alimentent notre créativité». L’artiste se voit comme un interprète entre les idées d’Isao, auxquelles il donne formes et couleurs, et les joueurs.

Le trio se définit plutôt comme «doujin» qu'«indé» mais reconnaît que la définition des deux termes est floue. «Simplement, à l’origine, un doujin game est un jeu qui comporte des éléments de parodie de jeu existant, alors qu’un indé est original», précise Nochi. «Si le nombre de produits de qualité augmente, tout le monde est gagnant», ajoute 2g. Les visiteurs pourront juger sur pièce lors des quatre jours du salon.