Les drones décollent, la photo s’envole

HIGH-TECH Un concours témoigne de l’engouement pour l’utilisation des drones en prises de vues photo et vidéo...

Joel Metreau
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L'Américain Bill Scott, le 11 juin 2014 à Kinston (Caroline du Nord). Il utilise son drone avec caméra embarquée, notamment pour de la photo aérienne.
L'Américain Bill Scott, le 11 juin 2014 à Kinston (Caroline du Nord). Il utilise son drone avec caméra embarquée, notamment pour de la photo aérienne. — Janet S. Carter/AP/SIPA

Tout le monde peut-il aspirer à devenir le prochain Yann Arthus-Bertrand, pionnier de l’image vue du ciel? Dronestagram a lancé le premier concours international de photos aériennes prises par drone. Jusqu’au 30 juin, on peut poster ses clichés auprès de la plate-forme, avec pour récompense, une publication dans le magazine National Geographic France. Un concours révélateur de l’engouement pour les photos pris en hauteur: quelque mille clichés ont déjà été soumis à Dronestagram. Comme le notait Peter George, vice-président de Parrot chargé des ventes sur le continent américain, interrogé par l’AFP, l'essentiel du marché repose plus en plus sur les drones jouets et «les appareils photo dans le ciel».

«Redécouvrir des lieux connus»

Signe de l’intérêt, Dronestagram, créé il y a un an, recense déjà 5.000 contributeurs, avec 8500 photos et vidéo publiés. Mais quel intérêt de la photo par drone? Responsable du développement de la plate-forme, Guillaume Jarret explique: «Le drone va permettre de redécouvrir des lieux connus avec une sorte de distance. On va pouvoir trouver des angles différents ou capturer des moments volés, comme cette photo extraordinaire où l’on survole un aigle». Pour moins de 100€ (70€ environ le premier prix), explique-t-il, on peut désormais acquérir l’un de ses appareils, les mettant dorénavant à portée du grand public. Certains drones peuvent maintenant embarquer des GoPro, autre gadget populaire.



Yann Arthus-Bertrand: «J’adorerais y avoir davantage recours»

Depuis le succès de son ouvrage La Terre vue du ciel (1,5 million d’exemplaires vendus dans le monde depuis 1999), le photographe et réalisateur Yann Arthus-Bertrand s’est imposé comme le spécialiste de l’image aérienne. Pour lui, «le drone, c’est quand je ne peux pas faire autrement que photographier ou filmer depuis un hélicoptère», explique-t-il à 20 Minutes. Pour les besoins d’un tournage à Tchernobyl la semaine prochaine, dans le cadre de son projet gigantesque Human, il en utilisera un, sophistiqué et déniché en Chine, afin d’obtenir des plans entre les arbres. «Mais dans quelques années, on ne travaillera qu’avec des drones. Je suis sûr que ça va se développer. J’adorerais y avoir davantage recours car l’hélicoptère, c’est cher et compliqué.» Et bien plus polluant.

Comme une prolongation du portable

Pour capturer des images, le drone est devenu un accessoire prisé. «L’activité prédominante aujourd’hui dans le drone civil, c’est l’audiovisuel, à 80%», pointe Stéphane Morelli, secrétaire général de la Fédération professionnelle du drone civil, qui note que les chaînes de télévision recourent désormais à ces appareils pour couvrir des événements sportifs ou réaliser des reportages. «Mais il ne faut pas négliger le marché grand public, qui le conçoit comme une activité de loisir. Le drone devient pour eux une prolongation de l’appareil photo ou du smartphone.»

Deux aspects sensibles restent à prendre en compte: la sécurité et le respect de la vie privée. «Il faut éduquer les gens à la règlementation en matières de drone, insiste Stéphane Morelli. On ne veut pas que des amateurs portent atteinte à ce secteur professionnel», rappelant qu’en septembre dernier, un drone de plusieurs kilos était tombé sur la foule en Catalogne. Il y a deux mois, l’Espagne interdisait carrément leur utilisation. En France, depuis 2012, une législation stricte bannit l’usage des drones au-dessus des agglomérations. Pas question qu’un photographe nous tombe sur la tête.

La Suisse vue du ciel

Du 14 au 22 juin 2014 au parc de la Villette, à Paris, Yann Arthus-Bertrand va exposer quinze clichés aériens en grand format qu’il a pris au-dessus de la Suisse. «J’ai découvert un pays beau et intéressant, explique le photographe. C’est vrai que ça ressemble aussi aux images qui figurent sur les boites de chocolat.» L’exposition «La Suisse vue du ciel», qui se déploie sur quatre cubes de 3 mètres sur 3, est complétée par un film de vingt minutes réalisé par Yann Arthus-Bertrand.