«Jeu vidéo, l'expo»: A la découverte des expériences du jeu vidéo

Joël Métreau

— 

«Jeu vidéo, l'expo», à la Cité des sciences et de l'industrie à Paris.
«Jeu vidéo, l'expo», à la Cité des sciences et de l'industrie à Paris. — A. gelebart / 20 minutes

C’est un média bien connu puisque six Français sur dix sont joueurs, que ce soit sur leur smartphone ou via une console. Pourtant ils ne ressentent pas les mêmes sensations. Après «Museogames» au musée des Arts et métiers et «Game Story» au Grand Palais, le jeu vidéo continue de s’exposer. «Mais à la Cité des sciences, nous n’avons pris pas un angle patrimonial, explique Mathieu Triclot, enseignant-chercheur et commissaire scientifique. Nous avons plutôt voulu créer des dispositifs jouables pour comprendre la richesse et la beauté de ce média. » Près d’une vingtaine, interactives, dans une salle sans parcours à laquelle la scénographie audacieuse donne des allures de boîtes de nuit techno-futuriste.

Jeu de rôles, course automobile

Pas un parti historique donc, même si l’évolution du jeu vidéo est présente à travers une adaptation de «Evoland», créé en 30 heures lors d’une compétition de développement et qui s’inspire du jeu de rôles. Plus loin, volant en main avec «Course automobile», on traverse les âges, en constatant que la physique du terrain comme des voitures devient de plus en plus réaliste. L’expo rappelle aussi que la nature des jeux est conditionnée par leur support. Dans les salles d’arcade de la fin des années 1970 et du début des années 1980, les jeux étaient courts ou difficiles afin d’encourager les joueurs à glisser de la monnaie dans la machine.

«L’immersion est fragile»

Parmi les dispositifs jouables créés pour l’exposition, un Pong entièrement mécanique et «Pix The Cat» un jeu asymétrique de Pastagames où «il s’agit de perturber l’expérience du jeu de l’adversaire». Un jeu qui «illustre l’effort du joueur pour rester en jeu», précise Mathieu Triclot. Car l’immersion dans un jeu, ce n’est pas seulement le réalisme de ces images. «L’immersion est fragile et dépend du contexte interactif dans lequel on place le joueur», note Olivier Lejade, commissaire scientifique et game designer, désignant des capteurs de mouvement Kinect. Quand le corps fatigue dans un jeu qui utilise des mouvements, difficile d’être complètement immergé.

Des moments de relâchement

Ainsi le jeu vidéo, ce n’est pas seulement de l’action, mais aussi la contemplation. «Dans le jeu vidéo, on appuie pas seulement sur un bouton, indique Mathieu Triclot, auteur de Philosophie des jeux vidéo. C’est aussi des moments de relâchement où on regarde un monde artificiel.» Assis sur des fauteuils-transats Pacman, on peut donc observer l’espace sidéral de «Eve Online», l’ile paradisiaque de «Far Cry 3» ou la nature dépouillée de «Proteus».

Mais on aurait pour autant tort de confondre le jeu vidéo avec l’image. D’ailleurs, dans un des dispositifs, «Jeu audio», le joueur se retrouve uniquement guidé par le son. «Un jeu vidéo ne s’aborde pas forcément par l’image, rappelle Olivier Lejade. L’essentiel dans un jeu, ce n’est pas ce qu’on voit, mais ce qu’on vit.»

«Le game play s'expose», à la Cité des Sciences à Paris, du 22 octobre au 24 août 2014