BlackBerry mise tout sur ses nouveaux smartphones

HIGH-TECH L'entreprise, qui lance un nouvel OS et a présenté deux nouveaux smartphones, pourrait disparaître en cas d'échec...

Philippe Berry
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Le BlackBerry Z10, présenté le 30 janvier 2013 à New York.
Le BlackBerry Z10, présenté le 30 janvier 2013 à New York. — M.LENNIHAN/AP/SIPA

Rebondir ou mourir.  RIM, qui a officiellement changé son nom pour BlackBerry, n'a plus le choix: si son nouveau système d'exploitation et ses deux derniers smartphones dévoilés mercredi n'arrêtent pas l'hémorragie, le fabricant ne s'en remettra pas.



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Redevenir «cool»

Les BlackBerry sont devenus les smartphones de la honte. «Je n'en peux plus, j'espère que mon boss nous laissera bientôt utiliser nos iPhone personnels», confie une attachée de presse qui peste contre des pièces-jointes fantômes et une application de cartographie plus lente que sur tous les systèmes concurrents.

Avec le Z10, le fabricant mise sur un hardware enfin sexy. L'écran tactile de 4,2 pouces, la haute résolution et le processeur puissant n'ont pas à rougir face à un iPhone 5, un Nexus 4 ou un HTC 8X. Malgré tout, pour un téléphone attendu dans la plupart des pays en mars à 199 euros, il est déjà nettement dépassé par le Sony Xperia Z, notamment au niveau de  l'appareil photo et de la batterie, qui peine à tenir la journée selon The Verge et le Wall Street Journal.

Le BlackBerry Q10, lui, offre un design plus «traditionnel» avec un clavier physique et n'arrivera pas avant avril, ce qui laisse de nombreux analystes perplexes. Le nouveau système d'exploitation, BlackBerry 10, a déjà été largement présenté. Il intègre le tactile à son ADN, avec une navigation qui abolit les boutons physiques et innove avec une messagerie unifiée. «Les nouveaux modèles et l'OS embrassent enfin la modernité», se réjouit l'analyste de Gartner Van Baker. «BlackBerry a de quoi séduire ses utilisateurs songeant à une upgrade. En revanche, il n'y a rien de révolutionnaire pour faire revenir ceux qui sont passés à l'iPhone ou Android», explique-t-il à 20 Minutes.

Séduire les opérateurs et les boutiques

Parce que 90% des téléphones hauts de gamme sont vendus dans le cadre d'un contrat de deux ans, BlackBerry va devoir s'assurer que ses nouveaux téléphones bénéficient d'une exposition correcte. «Les opérateurs veulent plus de diversité que simplement l'iPhone et Android. Mais ils se moquent de savoir si le 3e écosystème est Windows Phone ou BlackBerry. Leur soutien sera donc limité», estime Van Baker. Et Microsoft, avec plus de 50 milliards de dollars de cash disponible contre 3 milliards au fabricant canadien, se trouve dans une situation plus favorable pour effectuer un push marketing et logistique.

Séduire les développeurs

BB 10 arrive avec 75.000 apps. C'est 10 fois moins qu'iOS et Android et 40% de moins que Windows Phone. BlackBerry a retenu la leçon et a développé des apps maison pour Facebook, Twitter et Foursquare. Skype, Amazon Kindle, Whatsapp et Angry Birds sont là. Mais pas d'Instagram, Spotify, Pandora, Netflix, eBay, CNN ou Nike+. Pour les développeurs, surtout pour les petites équipes, la logique reste la même: d'abord une version iOS et Android, qui ont représenté 92% des ventes de smartphones au dernier trimestre; puis des updates; et s'il reste du temps et de l'argent, une app Windows Phone ou BlackBerry. Microsoft, qui peut s'appuyer sur des apps Windows 8 pour PC et tablette relativement faciles à adapter sur téléphone, possède un avantage.

Le verdict

BlackBerry a-t-il une chance de revenir de l'enfer? «Oui, à condition de séduire le grand public car le secteur du business a basculé vers la tendance "utilisez votre smartphone personnel"», estime Baker. Selon lui, «toutes les planètes vont devoir s'aligner pour que BlackBerry connaisse le succès». Wall Street n'a pas vraiment été convaincu: l'action a chuté de 12% mercredi, notamment à cause d'une commercialisation jugée trop tardive, à un prix trop élevé. Pour l'expert, la meilleure chance de l'entreprise se situe  du côté des marchés émergents, où la concurrence est moins rude qu'aux Etats-Unis, en Europe ou au Japon. Sa conclusion: «Avec une trésorerie qui va vite fondre lors du lancement, BlackBerry a besoin d'un succès, et vite.»