La grève du 15 se poursuit

Manuel Pavard

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Ils étaient 90 % au début du mouvement, le 16 avril. Un mois et demi après, près de 70 % des ambulanciers isérois – soit une quarantaine – font toujours la grève des gardes de nuit et ne répondent plus aux appels du Samu. « Les négociations sont actuellement dans une impasse, explique un membre de l'ATSU 38 (Association des transports sanitaires urgents). Nous avons été déboutés de notre demande de financement par l'ARS (Agence régionale de santé), qui ne veut rien lâcher. »
La revendication principale n'a pas changé : la revalorisation de l'indemnité de garde (du lundi au dimanche de 20 h à 8 h et le dimanche de 8 h à 20 h), fixée à 346 € en 2003 et gelée depuis, malgré l'explosion des charges (gasoil, matériel, charges salariales…). « Nous voulons qu'elle soit portée à 500 €, ce qui correspond au coût de fonctionnement, poursuit l'ambulancier. Une société comme la nôtre, qui fait entre zéro et une sortie nocturne perd de 100 à 150 € par nuit.»

Ambulanciers ruraux et urbains
Aujourd'hui, deux tendances se distinguent, entre sociétés rurales, toujours grévistes, et les 18 entreprises grenobloises, qui « ont repris le travail pour des raisons économiques, précise le gérant de 1-2-3 Ambulance. On est plus souvent appelé par le Samu. Du coup, ces sorties sont plus rentables, même si on s'en sort difficilement. » A contrario, « les ambulanciers ruraux, qui réalisent en moyenne 0,9 intervention par nuit, perdent davantage d'argent, déplore le représentant de l'ATSU. Depuis le début du mouvement, on s'organise directement avec les médecins ruraux pour ne plus passer par le Centre 15. »
L'ARS n'ayant pas utilisé son pouvoir de réquisition, le Samu a dû « faire le maximum pour ne pas pénaliser les patients, explique Benjamin Garel, directeur référent du Pôle Urgences au CHU de Grenoble. Nous avons fait appel aux pompiers, fortement sollicités, et il n'y a actuellement aucune conséquence pour les malades. » « Le Samu 38 s'est senti visé, répond l'ATSU, mais la grève n'a jamais été dirigée contre le 15. »

Le mouvement pourrait faire tache d'huile

Observée avec attention dans le reste de la France, la grogne des ambulanciers isérois pourrait bientôt s'étendre à d'autres départements rhônalpins. Les professionnels de l'Ain et de la Savoie ont ainsi formé un groupe de travail et menacent également d'arrêter les gardes. L'ARS, elle, estime que les revendications sont plus du ressort de l'assurance-maladie.