Le «sniper de Varces» s'est «condamné lui-même au silence» selon son avocate

JUSTICE Il s'est pendu quelques heures avant l'ouverture de son procès...

Chantal Féminier

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Le grand banditisme grenoblois est au coeur de l'assassinat sans précédent en France d'un détenu par un tireur posté à l'extérieur de la maison d'arrêt de Varces-Grenoble (Isère), où le calme régnait lundi matin.
Le grand banditisme grenoblois est au coeur de l'assassinat sans précédent en France d'un détenu par un tireur posté à l'extérieur de la maison d'arrêt de Varces-Grenoble (Isère), où le calme régnait lundi matin. — Jean-Pierre Clatot AFP

Me Morgane Gilbert ne plaidera pas. Ce vendredi matin, en arrivant à l’audience de la cour d’assises du Rhône, elle appris comme le reste de l’assistance, de la bouche du président Dominique Bréjoux, la mort, dans la nuit à la maison d’arrêt de Corbas, de son client, Marcel Egea. 

Baptisé «le sniper de Varces», ce dernier devait comparaître pour récidive de meurtre et tentative de meurtre et association de malfaiteurs. Il était en effet accusé d’avoir abattu le 28 septembre 2008, dans la cour de la prison de Varces (Isère) Sghaïr Lamiri, 29 ans, l’un des acteurs de la guerre des gangs grenoblois. Un meurtre commis de l’extérieur, depuis une colline voisine à l’aide d’un fusil à lunette, et qui constituait en cela une première dans l’histoire des prisons françaises. 

«Il m'a demandé de lui acheter un journal»

Egea se serait pendu vers 1 heure du matin, avec le fil de son poste de télévision ou de radio, un geste dont l’avocate n’avait pas été informée par les autorités pénitentiaires, et qui fait l’objet d’une enquête. «Quand ce genre d’évènement se passe dans une prison, les conseils ne sont jamais prévenus et je le regrette, commente son avocate. Je l’ai vu hier [jeudi] toute la matinée. Il était fataliste, n‘attendait plus rien et devait venir ce matin juste pour dire sa décision de ne pas assister aux débats. Il m’a dit au revoir et m’a tout de même demandé de lui acheter un journal pour l’aider à passer cette journée qui allait être longue…»

S’il n’a jamais reconnu être l’auteur des faits qui lui sont reprochés, Marcel Egea, 62 ans, déjà condamné pour vol à main armée, risquait la perpétuité. Malade, il refusait les soins dans sa prison de Varennes le Grand (Saône-et-Loire). «Il s’est condamné au silence, s’est donné lui-même la sentence», commente Me Gilbert qui se dit «attristée» par la mort de  cet «homme très attachant» qu’elle avait rencontré  trois ou quatre fois seulement. «J’ai été commise d’office début avril par le président Bréjoux, explique-t-elle, Egea n’ayant pas d’avocat…» Ou plus. En effet, durant toute l’instruction c’est Me Florent Girault qui assistait le sniper… tout en étant également le co-défenseur, avec Me Denis Dreyfus, de Mourad Bouziane, accusé d’être le commanditaire du meurtre de Varces. «J’a cessé de défendre Egea, a précisé Me Girault, parce que cela m’était difficile de défendre les deux…»

Réglement de comptes

Décrit comme un homme solitaire, qui avait besoin d’argent, Egea était l’exécutant idéal de ce qui n'est autre qu'un règlement comptes entre gangs grenoblois. La cour a décidé de reporter - très certainement à septembre - ce procès qui est aussi celui de son commanditaire présumé et de deux autres accusés, Jean-Louis Sobredo et Laurent Ubaud. 

Se disant «contrarié que, dans ce type de situation sensible, il n’y ait pas eu de surveillance au plus haut niveau du prisonnier», Me Dreyfus a regretté quant à lui que «les débats soient désormais amputés de la parole d’Egea».

Une parole qui manquera plus encore à l’accusation de son client Mourad Bouziane, dont la culpabilité repose essentiellement sur des écoutes téléphoniques et des enregistrements de parloir de Marcel Egea.