Un bâtiment vide occupé à Fontaine

Manuel Pavard

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L'action avait été mûrement réfléchie. Vendredi 10 février, dans la soirée, une vingtaine de demandeurs d'asile, soutenus par un réseau de militants, ont investi un bâtiment situé au 22 rue des Alpes, à Fontaine. « Cet immeuble est vide depuis 2008, explique un militant, qui souhaite garder l'anonymat, comme plus de 10 000 logements dans l'agglomération (source Insee), alors que des centaines de personnes dorment dans la rue. L'Etat a pourtant l'obligation de les loger pendant l'examen de leur demande d'asile. »

Du Soudan à Grenoble
Les résidents, soudanais et érythréens, vivaient auparavant dans un squat insalubre, place Bir-Hakeim. Madi, opposant politique au Darfour, a quitté son pays après y avoir été emprisonné. « J'ai travaillé durant un an en Libye puis je suis parti à cause de la guerre », raconte, dans un français impeccable, cet ancien traducteur pour une association humanitaire. « J'ai pris un bateau pour Marseille et je suis arrivé l'été dernier à Grenoble, où j'ai déposé ma demande d'asile, toujours en cours. Mais je n'ai eu accès à aucun dispositif d'hébergement d'urgence. J'ai donc atterri au squat près du rectorat : les conditions y étaient indignes d'un être humain. Ici, c'est mieux, bien qu'on n'ait ni eau, ni chauffage, ni électricité, et qu'on doive se débrouiller au jour le jour pour manger. Je croise les doigts pour la décision de justice. »
Le propriétaire, le bailleur social SCIC Habitat Rhône-Alpes - qui compte au sein de son conseil d'administration le maire de Fontaine - a en effet assigné les occupants au tribunal d'instance. Désireux de pérenniser le lieu, ces derniers ont contacté la mairie qui, selon un militant, « a refusé la rencontre et même fait couper l'eau. » Sollicitée, la ville de Fontaine n'a pas donné sa version.
L'audience est prévue ce matin.