Les mouchoirs des prisonniers chicanos

Manuel Pavard

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Des mouchoirs exposés comme des œuvres d'art. L'idée peut surprendre, c'est pourtant le thème de la très belle exposition « Quedarse ciego », accueillie jusqu'au 24 février à Going Blind. La galerie grenobloise présente ainsi une trentaine de ces paños. « Les paños sont des mouchoirs dessinés par des prisonniers américains, généralement chicanos (Mexicains émigrés aux Etats-Unis), explique Adrien Fregosi, directeur de la galerie. D'origine mexicaine, cette tradition s'est ensuite développée dans le sud-ouest des Etats-Unis. Les détenus se servent de ce support, qui fait partie de leur paquetage, car ils peuvent s'en séparer ou le faire passer facilement à l'extérieur. En dehors de la pure création artistique, ils utilisent en effet ces dessins pour communiquer avec leurs familles ou amis. Beaucoup les offrent à leurs enfants. »

Vendus en ligne
Les paños de « Quedarse ciego » proviennent de la collection de Reno Leplat-Torti, commissaire de l'exposition. « Il en a acquis certains grâce à ses contacts avec des prisonniers, d'autres via Ebay précise Adrien Fregosi. Les détenus ont en effet vite pris conscience des bénéfices potentiels. Ils envoient les paños à leurs familles qui les vendent en ligne. Ceci leur permet d'acheter de la bouffe ou des clopes en prison. » Les thèmes brassés sont très larges : « amour, liberté, enfance, guerre, soutien, déclinés en couleur ou noir et blanc. Il n'y a pas que les clichés sur les gangs latinos ou la Vierge. » Rendez-vous à Going Blind, 9 ancienne route de Lyon.

L'affirmation d'une identité

La tradition des paños remonte, selon les théories, soit à la guerre franco-mexicaine au XIXe siècle, soit aux années 1930-1940. Selon Pascal Saumade, coauteur du livre « Paños » (Ed. Le dernier cri), « ils dépeignent la vie dans le barrio, le temps qui passe derrière les barreaux et revendique la fierté du peuple chicano. »