Julien Fourquet, rescapé révolté

Chantal Féminier

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Leur PDG avait choisi de fêter une année 2011 exceptionnelle à bord du Costa Concordia. Le séminaire s'est achevé par une nuit de cauchemar. Julien Fourquet, l'un des dix commerciaux de la société Raimondi (Colombe) garde intact le souvenir de ces instants où la peur se mêle à la révolte.
Réunis pour le dîner dans un restaurant sélect au 11e pont, le dirigeant, les commerciaux et leurs compagnes ont écouté le commandant leur annoncer qu'ils allaient s'approcher de l'île du Giglia pour en saluer les habitants. « Il nous a invités à aller sur le pont le moment venu. » Mais ils n'en auront pas le temps. Le PDG et le directeur commercial, sortis fumer, rentrent du pont en trombe, leur criant de s'accrocher : « Ils avaient vu le rocher arriver ! On a senti un choc violent, puis un second, plus violent encore, soulevant le bateau : les verres, les assiettes ont explosé, un piano a traversé la pièce. Nous nous sommes jetés sur les barrières de la mezzanine. »

« Ils repoussaient les enfants pour prendre leur place ! »
Pendant près de deux heures, l'équipe, inquiète, reste soudée. Les consignes tardent à arriver. D'abord des haut-parleurs leur intiment l'ordre d'aller chercher les gilets de sauvetage dans les cabines, ensuite de se diriger vers le pont où sont les chaloupes. Retrouvant la foule paniquée des passagers « mais jamais un seul membre du personnel gradé », le groupe assiste à des « réactions inhumaines » : « Des gens repoussaient des enfants pour prendre leur place dans les chaloupes ! » lâche, révolté, le commercial. Séparé de ses collègues, celui-ci finira , non sans mal, par les retrouver, sains et saufs, au petit port du Giglia. Suivront encore 24 heures d'errance, « d'abandon et de déni des autorités italiennes, de Costa Croisières » qui le marquent plus encore que la catastrophe. A présent, sa société a prévu de conduire une action en justice collective, invitant tous les passagers à la rejoindre.