« On est des marchands de rêves »

Manuel Pavard

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Les allées de l'Esplanade sont noires de monde ce lundi après-midi. Les enfants font la queue pour déguster une barbe à papa ou des churros tandis que les ados se bousculent devant le grand huit. Traditionnellement, le lundi de Pâques est en effet le meilleur jour de la Foire des Rameaux, « celui où on réalise le plus gros chiffre d'affaires », dixit les forains. Parmi eux, Michel Rabbat, Michel Vasse et Vincent Masson totalisent à eux trois plus d'un siècle de présence à l'Esplanade.

Huit jours de vacances
« Je suis un peu le vétéran, plaisante Michel Rabbat, 62 ans. Cela fait 42 ans que je tiens mon stand de formules 1 à la Foire des Rameaux et 28 ans que j'en suis le président. J'ai connu l'époque des manèges à chevaux mais ça a bien changé aujourd'hui ! » Lui n'est pas d'une famille de forains, contrairement à ses deux collègues. « Chez nous, on est dans le métier depuis six générations, souligne Michel Vasse. Je suis l'un des plus anciens ici, arrivé en 1973. J'ai d'abord eu un manège pour enfants, puis je suis passé aux plus gros : en 1982, le Hoola Hop, qui a connu un gros succès, et enfin le Beach Party il y a 10 ans. » « Moi aussi, je suis toujours venu à l'Esplanade, ajoute Vincent Masson, 50 ans, exploitant d'un stand de machines à jetons. Dans ma famille, on est forain de père en fils : mes arrière-grands-pères l'étaient déjà. D'ailleurs, je travaille avec ma femme et mes fils et j'espère que l'un d'eux prendra la relève. » Tous font entre 10 et 20 foires par an, dans toute la France. Un métier difficile, où le quotidien, dans les caravanes, n'est pas toujours rose. « En 25 ans de mariage, on a pris huit jours de vacances, précise Vincent Masson. » « Les destinations, on les regarde dans les brochures », confirme sa femme. Pourtant, aucun ne regrette son choix. « La fête foraine, c'est le patrimoine des Grenoblois, affirme Vincent Masson. Quand je vois ces gamins sourire devant les stands, je me dis qu'on est des marchands de rêves. » « Ma plus belle récompense, conclut Michel Vasse, c'est cette carte d'un môme qui me remercie pour mon manège. Cette vie est dure mais je n'en changerais pas ! »