La nouvelle garde à vue dans le viseur des avocats

Benoit Pavan

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Les 480 avocats du barreau de Grenoble seront en grève les 2, 3 et 4 mai prochains pour protester contre l'indemnisation jugée « indécente » dont bénéficie la profession dans le cadre de l'application de la réforme de la garde à vue.
Voté à l'unanimité le 20 avril par le conseil de l'ordre des avocats, ce mouvement d'humeur ne devrait paradoxalement pas perturber les interrogatoires dans les commissariats. « Les urgences liées aux défenses des libertés individuelles, dont la garde à vue fait partie, seront assurées », confirme Me Jean-Yves Balestas, membre du conseil de l'ordre.

300 € la garde à vue
Basés sur les tarifs de l'aide juridictionnelle, les forfaits perçus par les avocats pour les premières 24 heures de la garde à vue s'élèvent à 300 €, plus 150 € en cas de prolongation. « Sont concernés au premier chef les plus jeunes de nos confrères, qui vivent pour une majorité quasi exclusivement de l'aide juridictionnelle », observe Me Balestas. « Le barreau de Grenoble compte 70 avocats volontaires pour assister les citoyens pendant les auditions. La réforme est un très grand progrès, mais si l'on ne prend pas garde, on risque de les enfoncer dans un système de rémunération inférieur au Smic », déplore le bâtonnier Me Jean-Luc Médina.
Les avocats grenoblois dénoncent enfin la lenteur de la rémunération de l'aide juridictionnelle, « versée en moyenne huit mois après le dépôt du dossier », selon Me Balestas.

Calcul « tronqué »

Le budget de rémunération des avocats relève, selon l'ordre grenoblois, d'un « calcul tronqué », établi sur la base de 350 000 gardes à vue par an. « Même si leur nombre va baisser, il atteindra au moins 600 000 par an », estime Me Balestas.