Des sans-abri en sursis précaire

Manuel Pavard

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Le retour des beaux jours et l'actualité internationale chargée les avaient presque relégués au second plan. Mais la brutale dispersion, mercredi dernier, des manifestants rassemblés pour une « nuit solidaire », place de Verdun, a remis les sans-abri sous les feux de projecteurs. Depuis la fin de la période hivernale, le 31 mars, près de 500 personnes, accueillis jusque-là dans des lieux d'hébergement d'urgence, risquent en effet de se retrouver à la rue à Grenoble. « La Préfecture est dans l'illégalité, dénonce Yvon Sellier, du collectif La Patate Chaude, car il a l'obligation de loger ces gens, pour la plupart demandeurs d'asile. »

100 personnes rue de Stalingrad
« Heureusement, tempère Robert Allemand, de Médecins du Monde, le Préfet a prolongé le dispositif hivernal pour un mois. Deux structures vont toutefois fermer, à Pont-de-Claix et au Sappey-en-Chartreuse. Même si leurs occupants sont relogés provisoirement, qu'adviendra-t-il le 30 avril ? » L'humanitaire, comme l'ensemble des associations, redoute par-dessus tout la fermeture, annoncée comme imminente, du garage de la rue Prosper-Mérimée. Les 50 demandeurs d'asile hébergés dans ce garage grossiront certainement les rangs de la centaine de Roms d'ex-Yougoslavie installés près de la rue de Stalingrad. Ce campement de fortune, coincé entre la piste cyclable et une butte de terre, n'a cessé de croître depuis début mars. « La ville nous a mis des sanitaires et des graviers, témoigne un Rom kosovar, mais on vit à côté des poubelles, sans compter la boue quand il pleut. Regardez où ma femme et mes enfants doivent dormir », dit-il, désignant une toute petite tente. « Ils ne reçoivent pas d'aide alimentaire, ajoute Yvon Sellier. J'ai 62 ans et pourtant je n'avais jamais vu de conditions de vie aussi misérables. »