Un violeur en série devant les assises

Manuel Pavard

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Dix-neuf victimes se sont portées partie civile .
Dix-neuf victimes se sont portées partie civile . — B.Pavan / pleins Titres

Dans le box des accusés, Mourad Jamra apparaît posé, calme, voire distant. D'une voix qui ne trahit aucune émotion, il tente d'expliquer à la cour et aux jurés le cheminement qui l'a conduit vers ce qu'il appelle son « addiction sexuelle ». Pas un mot ou presque à l'égard des victimes, ni même un regard. Pourtant, cet ingénieur-informaticien de 38 ans, qui comparaît depuis hier devant la Cour d'assises de l'Isère, est accusé d'une vingtaine de viols, tentatives de viols et agressions sexuelles, commis entre janvier 2005 et novembre 2007, à Grenoble, Saint-Martin-d'Hères et La Tronche. 19 victimes se sont portées partie civile dans ce procès hors norme, qui devrait durer jusqu'au lundi 11 avril.

Il s'introduisait chez elles
A chaque fois, Mourad Jamra utilisait le même mode opératoire. Il repérait ses victimes - de jeunes filles, souvent étudiantes -, les suivait pour s'assurer qu'elles vivaient seules, puis s'introduisait à leur domicile pendant la nuit. Là, il les violait ou les agressait sexuellement, sous la menace d'un couteau ou d'une arme factice. Confondu par sa salive, il a été interpellé le 14 novembre 2007, deux jours après sa dernière agression.
A la barre, Mourad Jamra revient sur son parcours : ses brillantes études scientifiques (DEA à Montpellier, DESS à Grenoble), ses relations conflictuelles avec sa femme, ses trois enfants… Puis viennent les faits. « J'ai commencé par le voyeurisme, les images pornographiques, avoue-t-il. Ensuite, ç'a été un engrenage. Je suis rentré dans une addiction, un besoin à combler. Je ne pouvais plus m'en passer. » Quand le président évoque une expertise psychiatrique le décrivant comme un pervers sexuel, il s'emporte : « Je ne prenais pas de plaisir à les faire souffrir, je leur mettais une cagoule pour ne pas voir leur visage. Je ne recherchais pas le viol mais un plaisir sexuel solitaire. » L'ingénieur ne montre quasiment pas de compassion envers ses victimes et prétend « ne pas comprendre les émotions ». A peine une fêlure passe-t-elle quand il parle du viol subi à l'enfance. Mourad Jamra risque 20 ans de réclusion criminelle.