Fin de non-recevoir à la Préfecture

Manuel Pavard

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Hier matin, 9 h 30, devant la préfecture de l'Isère. Les deux policiers postés à l'entrée renvoient les derniers demandeurs d'asile, qui patientent depuis de longues heures déjà : « C'est fini pour aujourd'hui. » Malgré les murmures de protestation, rien n'y fait : il faudra revenir demain. Deux Tchétchènes, Ibrahim et Aïcha, sont donc une nouvelle fois recalés : « C'est la sixième fois qu'on vient sans être reçu. Pourtant, on est arrivé à 6 h mais ils n'ont pris que 20 personnes alors qu'on était 38. » Depuis plusieurs mois, les files d'attente s'allongent devant la préfecture et les demandeurs d'asile doivent souvent rebrousser chemin avant d'avoir atteint le guichet.

Certains dorment dehors
« Les gens attendent au début mais finissent par être découragés, déplorent Ibrahim et Aïcha. Certains passent même la nuit ici pour être reçus les premiers ». « Hier, j'ai accompagné une Congolaise qui a dormi toute la semaine dernière devant la préfecture avec sa fille de trois ans, confirme Fabien Conte, de l'ADA (Accueil demandeurs d'asile). Comme elle, tous doivent se faire identifier au bureau asile en arrivant en France. Avant cela ils n'ont aucun statut et sont invisibles. » Une situation problématique, donc, pour ceux qui repartent sans leur attestation de demande d'asile. D'autant qu'il leur est impossible aussi de toucher l'allocation temporaire d'attente de 320 €, subordonnée à ce document. « Les conséquences sont dramatiques », assure Fabien Conte.

Plus de monde, moins de personnel

Deux raisons à ces délais. Tout d'abord, il y a deux fois plus de demandeurs d'asile et deux fois moins de personnel au bureau asile. Ensuite, la Préfecture de Grenoble gère les demandeurs d'asile de Savoie, Haute-Savoie et Drôme, qui sont reçus sur rendez-vous à Grenoble, parfois à la place des personnes vivant ici.