Le trafic d'êtres humains ne connaît pas la crise

Paul Turenne
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Un important réseau de prostitution grenoblois impliquant des jeunes femmes d'origine nigériane a été démantelé mardi matin. L'opération de police, menée simultanément dans l'agglomération grenobloise, à Bourgoin-Jallieu, à Chambéry et à Strasbourg, a permis d'appréhender quatorze personnes parmi lesquelles dix femmes. « Il s'agit de "mamas" qui avaient des contacts au Nigéria pour recruter et faire venir sur le sol français des filles pour les contraindre à se prostituer », explique Yann Sourisseau, chef de l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH), qui a participé à l'enquête avec la Section de recherches de Grenoble.

Violences physiques
Une fois en France, les jeunes femmes devaient rembourser à leur proxénète des sommes allant de 40 000 à 50 000 euros, voire plus, selon le commissaire Sourisseau. « Les mamas leur font tout payer : frais de voyage, logement, nourriture, et même un “droit de trottoir” pour avoir “le droit” de se prostituer. » Quant aux récalcitrantes, elles sont sévèrement battues ou privées de nourriture. « Le commissariat de Grenoble a déjà traité le cas de plusieurs de ces jeunes filles qui ont fait l'objet de violences, suivies d'une hospitalisation de plusieurs jours. »
Problème : ces femmes sont avant tout perçues comme des délinquantes et non comme des victimes, selon les associations qui vont à leur rencontre. « Elles sont poursuivies pour délit de racolage, tout en étant maintenues dans un état d'isolement et de vulnérabilité par leur proxènète, dénonce Grégoire Thery, secrétaire général du Mouvement du Nid qui vient en aide aux personnes prostituées et les protège.
« Nos capacités face à ces réseaux restent malheureusement très limitées vu l'ampleur du phénomène, se désole Elisabeth Chanron, membre du Nid à Grenoble. Cela me fend le cœur. »
Plus d'infos : www.mouvementdunid.org

Le terrible rite de magie noire du juju

Pour mieux contrôler leurs victimes, les proxénètes les font participer à la cérémonie du Juju (prononcez Djoudjou), sorte de cérémonie rituelle au cours de laquelle un sorcier leur fait prêter un serment après avoir mélangé de la salive, des poils pubiens ou des cheveux à de la terre. Ce contrat religieux passé avec les passeurs, puis avec les mamas qui achètent les jeunes femmes, contraint ces dernières à obéir sans discuter.