Les canons sèment la discorde

Paul Turenne

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En dix ans, la surface de pistes enneigées artificiellement, comme ici à Chamrousse, a augmenté de plus de 75 %.
En dix ans, la surface de pistes enneigées artificiellement, comme ici à Chamrousse, a augmenté de plus de 75 %. — Mountain Wilderness

Ne dites plus canons à neige, mais enneigeurs. Le terme originel, doté d'une connotation négative et plus vraiment représentative de l'évolution technique du matériel, a fait long feu. Mais sur les pistes de ski, l'engin est plus que jamais en première ligne.
Ainsi, alors qu'en 1980, dix stations enneigeaient artificiellement 19 hectares de pistes en France, cette surface est passée à plus de 5 300 ha, soit 20 % du domaine skiable français. Problème : cette augmentation exponentielle ne serait pas sans conséquences sur la ressource en eau, selon les associations de protection de l'environnement.
Plusieurs d'entre elles viennent ainsi d'écrire une lettre commune aux préfets de la région demandant une intensification des contrôles sur les prélèvements d'eau effectués par les stations.
« L'enneigement artificiel nécessite, en moyenne, 4 000 m3 d'eau à l'hectare. En 2008, plus de 19 millions de m3 ont ainsi été pulvérisés, souligne Frédi Meignan, président de l'association Mountain Wilderness qui ne se dit pas pour autant formellement opposée aux enneigeurs. Mais, alors qu'au départ ils servaient à combler les trous, les stations en ont fait un argument marketing : c'est à celle qui en aura le plus. ». De fait, la consommation d'eau s'accroîtrait chaque année d'un million de m3.

Simple transformation
Un mauvais procès, selon Laurent Reynaud, délégué général des Domaines skiables de France : « On a souvent tendance à oublier que l'eau n'est pas consommée, mais simplement transformée en neige sans additif, avant de fondre sur le même bassin-versant » Et de rappeler qu'en dix ans, la consommation d'eau des enneigeurs a été divisée par deux.
Des progrès techniques qui n'empêchent pas la construction de retenues collinaires, destinées à stocker l'eau pour éviter un prélèvement au moment où le niveau est au plus bas. « L'impact paysager de ces installations d'un volume de plusieurs milliers de litres est irréversible. Sans compter qu'elles nécessitent de gros travaux de terrassement en pleine montagne, déplore Frédi Meignan. Entre les partisans du « tout ski » et les défenseurs d'un modèle alternatif, le fossé demeure.