L'errance sans fin des Roms

Manuel Pavard

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Depuis le début de la matinée, ils tentent de se réchauffer avec un café chaud, assis autour d'un feu de camp improvisé. « Il fait trop froid la nuit, alors on sort dès que le jour se lève », explique ce père de famille macédonien, qui partage sa tente avec sa femme et ses deux enfants. « Vous trouvez ça normal de dormir ici ? », demande-t-il en désignant le terrain vague où se dressent une dizaine de tentes. Depuis mercredi, une quarantaine de Roms, originaires du Kosovo, de Serbie et de Macédoine, ont investi ce campement de fortune, à l'angle des rues Stalingrad et Emile-Zola. Pourtant, deux jours avant, la Préfecture avait rouvert le centre d'hébergement d'urgence du 19, rue Prosper-Mérimée, censé mettre à l'abri la cinquantaine de Roms du square Jean-Macé. Une solution qui a très vite viré au casse-tête.

98 Roms pour 55 places
« Lundi, seules 17 personnes ont dormi au garage car la plupart n'étaient pas au courant de l'ouverture, explique Robert Allemand, de Médecins du Monde. La police les a donc délogés de Jean-Macé mardi pour les amener ici. Problème : avec l'afflux de demandeurs d'asile, 98 Roms sont arrivés ! » Rebelote mercredi : les mêmes se présentent à l'entrée mais le Préfet refuse d'accueillir plus de personnes que les 55 prévues. L'Arepi (qui gère le lieu) propose alors de n'héberger que les femmes et les enfants, offre rejetée par les familles. « On est revenu au point de départ, avec 40 Roms dehors », déplore Robert Allemand.

éclairage

Originaires d'ex-Yougoslavie, la majorité des Roms installés rue de Stalingrad dormaient depuis le 15 février dans le square Jean-Macé, après avoir été évacués par la police des sous-sols de la gare. Depuis 2010, Grenoble est confrontée à un afflux sans précédent de demandeurs d'asile, avec plus de 40 nouveaux arrivants par semaine.