L'hébergement d'urgence saturé

Manuel Pavard

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De plus en plus de personnes sont à la rue.
De plus en plus de personnes sont à la rue. — R. YAGHOBZADEH / SIPA

« On n'a jamais vu autant de femmes et d'enfants à la rue », s'inquiète Jacqueline Leininger, présidente de l'ADA (Accueil demandeurs d'asile). Alors que l'hiver approche, associations et conseil général tirent la sonnette d'alarme à propos de la saturation des structures d'hébergement d'urgence dans l'agglomération grenobloise. En cause, l'afflux sans précédent de demandeurs d'asile.

« Il faut agir vite »
« La majorité d'entre eux est originaire du Kosovo et se déplace en famille, explique Daniel Hugon, président du Secours catholique, alors qu'auparavant, on avait surtout des Congolais ou Angolais qui venaient seuls. » « En septembre, nous avions déjà recensé 431 dossiers déposés, contre 241 un an plus tôt et 208 en septembre 2008, précise Olivier Noblecourt, vice-président du CCAS. Il y a une urgence immédiate : près de 35 familles arrivent chaque semaine sur le territoire mais les centres d'accueil (Cada) sont en surcapacité depuis un an. » Les cinq Cada isérois (dont deux à Grenoble) n'ont en effet que 55 places disponibles alors que 259 ménages sont actuellement sans solution d'hébergement. Le département a mis à disposition 105 chambres d'hôtel, une offre malheureusement très insuffisante.
« L'Etat doit prendre ses responsabilités, affirme Christine Crifo, vice-présidente du conseil général chargée des droits de l'Homme. C'est lui qui a provoqué ces regroupements à Grenoble avec la régionalisation de la demande (lire encadré) sans créer les conditions d'accueil nécessaires. » En outre, cette saturation « mobilise des places habituellement dévolues à des publics qui ne peuvent être pris en charge : jeunes en errance, femmes victimes de violences. »
La priorité est à présent « d'agir vite, selon Daniel Hugon. Il faut mettre à l'abri ces personnes et trouver des bâtiments vides ou des terrains, comme à l'IGA ou derrière le Summum. Nous allons le proposer à la préfecture demain. » José Arias, vice-président du conseil général à l'action sociale lance, amer : « L'Etat n'est pas capable de loger ces gens, alors qu'il a sauvé les banques... »

régionalisation

En avril 2009, l'Etat a régionalisé la demande d'asile. La préfecture de l'Isère traite donc aujourd'hui les dossiers pour la Savoie, la Haute-Savoie, la Drôme et l'Isère.