Jarrie capitale française de la biodiversité

Chantal Féminier

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« Exceptionnelle, exemplaire, extraordinaire… », la directrice de Naturparif, Stéphanie Luc, n'a pas assez de mots pour qualifier la petite commune de 3 900 habitants que vient de distinguer un conseil scientifique du plus haut niveau. Installée aux portes de Grenoble, Jarrie vient en effet d'être nommée « capitale française de la biodiversité » dans la catégorie communes de 2000 à 10 000 habitants. « Elle fait des choses impossibles pour combiner développement urbain et respect de l'environnement », poursuit Stéphanie Luc. A la tête de cette commune, Raphaël Guerrero, plus jeune maire - sans étiquette - de l'Isère, a le triomphe modeste : « C'est la directrice de l'environnement Anne-Lise Comparet qui nous a incités, avant l'été, à participer à ce concours, explique-t-il. En septembre, on nous a dit que nous avions été sélectionnés pour la phase finale. »

« Zéro phyto »
Deux évaluateurs se sont ensuite rendus sur place pour vérifier que les actions mises en place étaient bien le fait d'une réelle volonté politique. De fait, à Jarrie, la préservation de l'environnement ne date pas d'hier. Dès 1989, une gestion différenciée des espaces naturels a été progressivement mise en place : désormais, là où il y a peu de fréquentation, la commune procède à une fauche tardive une ou deux fois par an ; ailleurs, dans les secteurs plus passants, des plantes, bacs à fleurs sont disposés. Equipée de véhicules électriques, Jarrie a fait procéder à un bilan carbone : « Nous étions légèrement en dessous de la moyenne nationale, commente le maire, qui a reçu son prix hier à Paris. Depuis, nous avons remplacé les frigos des restaurants municipaux, et nous avons nettement amélioré notre performance. »

Des oiseaux et des lapins
Adepte du « zéro phyto », la ville s'est dotée d'outils adaptés tels que désherbeur thermique, brosse métallique, broyeur… Pourtant, la chimie, c'est ce qui la fait vivre : « Jarrie a deux visages, explique son maire : sur les hauteurs, un plateau stratégique agricole reconnu dans le schéma directeur de l'agglomération, sur le bas, une plate-forme chimique avec notamment l'usine Arkéma. Il n'y a pas de menace du bas sur le haut, mais une complémentarité. Il ne reste que 5 à 10 agriculteurs, mais avant ils étaient souvent salariés de l'usine. Aujourd'hui, nous dialoguons avec la plate-forme industrielle qui s'est inscrite dans l'Année de la biodiversité et a missionné une association pour faire un diagnostic de son site» (lire ci-dessous).
Eric Tramaglia, 37 ans, habite la commune depuis son enfance : « A l'époque, on nous traitait de paysans !  Maintenant, c'est devenu la banlieue, mais Jarrie reste agréable », dit-il. Chaque lundi, ce traiteur du bas de Jarrie apprécie de faire une marche d'une heure jusqu'à la forêt, sur les hauteurs, en compagnie des oiseaux et des lapins…