Trois mois avec sursis requis

manuel pavard

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Ambiance lourde et pesante lundi au tribunal correctionnel de Grenoble. Militants associatifs et policiers se font face sur les bancs du public. Dans le box des accusés, William Maury, policier de 27 ans, jugé pour blessures involontaires envers Abdelhak Bouldjedri.
Rappel des faits : en mars 2006, ce coiffeur de la Villeneuve est contrôlé au volant de son véhicule rue de Stalingrad. Motif : non-port de la ceinture de sécurité. L'interpellation tourne mal, William Maury réalise une sorte de prise de judo et tout le monde tombe à terre. Abdelhak Bouldjedri, grièvement blessé à la jambe, se retrouve avec une fracture du tibia et une invalidité à vie.

Estropié à vie
Pour Me Jean-Michel Detroyat, avocat du policier, « le geste technique a été correctement réalisé et son client a agi pour empêcher M. Bouldjedri de se suicider. » Une version que contredit Me Joëlle Vernay, avocate des parties civiles : « Je maintiens qu'il s'agit d'une bavure et d'une cabale, l'histoire du suicide ne tient pas. Ce qui me choque, ce sont les mensonges et les contradictions des policiers. » Le procureur de la République, Olivier Nagabbo, qui a qualifié la faute de « maladresse », s'est aussi dit « gêné par les incohérences dans les déclarations des policiers », mais surtout par « l'absence de remords de la part du prévenu. Pour un non-port de ceinture, la victime se retrouve estropiée à vie. » Il a requis trois mois de prison avec sursis contre M. Maury. « Quand on pense que certains prennent de la prison ferme pour outrage à agent… », soupire Me  Vernay. Le tribunal se prononcera le 9 novembre.