Grenoble : Yasmina Aïfa condamnée à vingt ans de prison

À Grenoble, Souhir Bousbih

— 

Le palais de justice de Grenoble
Le palais de justice de Grenoble — M.Pavard/Pleins titres/20 Minutes

 Au terme de huit  jours de procès aux assises de l’Isère, Yasmine Aïfa a été condamnée ce mardi à vingt ans de réclusion criminelle, pour « actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner » de sa colocataire, Sandrine Hanifi, âgée de 38 ans. L’avocat général, Sylvain Cordesse, avait quant à lui requis la prison à perpétuité. Ce dernier avait insisté sur «  l’absence de remords » de l’accusée, qui n’aurait «cessé d’allumer des contre-feux et essayé d’entraver la manifestation de la vérité ».

Pas d’éléments matériels, mais des propos accablants

Depuis le début du procès, Yasmina Aïfa n’a jamais admis son implication dans la mort de Sandrine Hanifi, le 2 mai 2011. Cette nuit là, c’est elle qui a appelé  les secours pour les prévenir du décès de «son amie». Chez elle, les secours découvraient le corps de la victime, couvert de brûlures et dégageant une forte odeur de putréfaction. L’autopsie montrera que plusieurs de ses blessures dataient de plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Après enquête, les soupçons se sont rapidement portés sur Yasmina Aïfa, une mère de famille à la personnalité dérangeante et aux propos contradictoires.

 

Car après avoir nié connaître l’existence et l’origine de ces blessures, elle affirmera les avoir remarquées sur les mains de la victime, quelques jours avant son décès. Par ailleurs, elle a déclaré aux enquêteurs se trouver à plusieurs kilomètres de son domicile le jour du drame, quand la géo-localisation de son téléphone prouvera le contraire. Mais plus que ces éléments confondants, c’est sa relation avec Sandrine Hanifi qui a interrogé la cour.

 

 Une victime sous emprise psychologique

« Manipulatrice mentale », femme « féroce », les adjectifs n’ont pas manqué durant le procès pour qualifier Yasmina Aïfa. D’après les nombreux témoignages recueillis à la barre, elle aurait usé sa force physique et psychologique pour s’emparer de Sandrine Hanifi, « sa proie ». Une proie d’autant plus facile à dominer  qu’elle présentait des signes évidents de « faiblesse psychologique »…

 

Lundi, le témoignage d’une femme de 71 ans, venue spécialement de Perpignan, a assourdi l’audience. Appelée à la barre, cette ancienne professeur d’EPS a raconté une scène terrible, à laquelle elle a assisté en juin 2010 dans un jardin de Grenoble: «J’ai vu arriver deux femmes, dont l’une aboyait sur l’autre, qui était maigre, décharnée. Elle lui a ordonné de se déshabiller, puis de se mettre à quatre pattes. Elle l’a humiliée d’une façon que je n’avais jamais vue. C’était une domination absolue et féroce.»

 

Les avocats de la défense n’ont, pour le moment, pas fait part de leur volonté de faire appel de cette décision.