«Astérix combat le totalitarisme»

Propos recueillis par Manuel Pavard

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Nicolas Rouvière défend une " lecture universaliste d'Astérix ".
Nicolas Rouvière défend une " lecture universaliste d'Astérix ". — M. Pavard/Pleins Titres/20 Minutes

Maître de conférences à l'Espé (ex-IUFM) de Grenoble, Nicolas Rouvière, 39 ans, est l'un des meilleurs spécialistes d'Astérix. Il a conseillé la Bibliothèque nationale de France (BNF), à Paris, pour l'exposition sur Astérix, qui s'est ouverte mercredi.

Astérix chez les Pictes

, de Ferri et Conrad, sort le 24 octobre. Sans Goscinny et Uderzo, cela a un sens ?

Poursuivre après la mort de l'auteur est une pratique assez répandue. Mais je ne travaille que sur les albums coécrits par Goscinny et Uderzo car, pour moi, la création d'Astérix est ancrée dans une époque, l'après Seconde Guerre mondiale.

Comment cela se traduit-il ?

Le village gaulois, figure démocratique, républicaine et laïque, s'oppose aux régimes absolutistes : l'Empire romain et la théocratie égyptienne. De façon comique, Astérix règle son compte au

totalitarisme et interroge la frontière entre civilisation et barbarie.

Astérix et les Goths

fait référence au nazisme avec le drapeau des Goths à cercle blanc sur fond rouge et la cocotte pression qui rappelle les chambres à gaz. La BD évoque aussi l'Europe en construction. Elle recrée des clichés identitaires (Suisses ponctuels, Ibères fiers...) mais avec un tel degré de caricature qu'on se moque surtout de notre vision stéréotypée.

Certains ont parlé de nationalisme…

Je défends une lecture républicaine et universaliste d'Astérix, créé par deux fils d'immigrés. Le village gaulois, c'est une cour de récré ouverte sur le monde.

Comment l'utilisez-vous à l'Espé ?

Mes étudiants font étudier

Le Tour de Gaule

à des CM1-CM2 qui doivent imaginer qu'Astérix passe par Grenoble. Dans le brouillon préparatoire, Astérix devait ramener des noix de Grenoble. Il fera finalement Lyon-Nice direct.

■ Tombé dans la marmite quand il était petit

Nicolas Rouvière a «un peu appris à lire dans Astérix». Agrégé de lettres modernes, il soutient une thèse sur Astérix qui lui vaut une publication pour Astérix ou les lumières de la civilisation, en 2006. «Ce livre post 11-Septembre montre qu'il n'y a pas de choc des civilisations dans Astérix.» Recruté dans la foulée comme maître de conférences en littérature à l'IUFM, il publie en 2008 Astérix ou la parodie des identités, plaidoyer pour l'idéal universaliste de la BD.