« Envoyé Spécial » sème la discorde

Manuel Pavard

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La galerie de l'Arlequin, décrite de manière peu flatteuse dans le reportage.
La galerie de l'Arlequin, décrite de manière peu flatteuse dans le reportage. — M. Pavard / Pleins Titres / 20 Minutes

«On s'est tous décomposé en le voyant et ce week-end, toutes les conversations ont tourné là-dessus, au marché, à la sortie de l'école.» A l'image de Willy Lavastre, coordonnateur de la troupe BatucaVI, les habitants de la Villeneuve ne décolèrent pas depuis la diffusion, jeudi soir, du reportage d'« Envoyé Spécial », intitulé «Villeneuve, le rêve brisé», et tourné en février, quelques mois après le meurtre de Kevin et Sofiane. «On croit voir une zone de guerre avec des images sensationnalistes, sans aucun bon côté», s'insurge une résidente.

«Sentiment de trahison»


«Le montage a été fait n'importe comment», estime Willy, exemples à l'appui : «''Nabil les grandes oreilles'' fait son show devant les médias alors qu'il n'est même pas du coin. Quant aux tirs sur le panneau, je me demande si ce n'est pas la journaliste qui a insisté pour ça.» Selon lui, «on ne montre que des gens apeurés et réfugiés derrière leurs stores. Pourtant, Amandine Chambelland avait rencontré plein d'acteurs du quartier.» Interviewé sur le tournage, Alain Manach, de Villeneuve debout, avoue, lui aussi, un «sentiment de trahison. Quand elle est arrivée, je lui ai ouvert ma porte et donné mon carnet d'adresses. Je ne m'attendais pas du tout à ça. C'est plein de clichés et elle a travesti nos propos en scénarisant la séquence avec les anciens, qui est chronologiquement fausse.» Ce week-end, deux pétitions ont été lancées, l'une par des élus grenoblois, choqués par ce «reportage racoleur et stigmatisant», l'autre par des habitants du quartier. «On veut des explications et la diffusion d'un nouveau reportage», explique Willy. Contactée, Amandine Chambelland n'a pu être jointe.

■ L'enquête se poursuit pour Kevin et Sofiane

Le 28 septembre 2012, Kevin et Sofiane, deux jeunes résidents du quartier des Granges à Echirolles, périssaient sous les coups d'une dizaine de jeunes Grenoblois. Un an après, l'enquête se poursuit. Douze suspects sont écroués et plusieurs confrontations ont été organisées ces deux dernières semaines. Pour les enquêteurs, la difficulté est de déterminer le degré d'implication de chacun des protagonistes. Le procès pourrait avoir lieu en 2015.