«On n'oubliera jamais ce jour-là»

Souhir Bousbih

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L'épave de 114 000 tonnes a été redressée pour un coût de 600 millions d'euros.
L'épave de 114 000 tonnes a été redressée pour un coût de 600 millions d'euros. — A.La Rocca/AP/SIPA

Les salariés de la société iséroise Raimondi ont assisté avec émotion au redressement du Costa Concordia. Le 13 janvier 2012, ils avaient embarqué avec leur famille sur ce paquebot. Une date qu'ils ne sont pas près d'oublier et que les images de ce mardi leur rappellent douloureusement. Guillaume Bré, assistant de direction, témoigne : «La dernière fois qu'on a vu le bateau debout, tout allait si bien… Le revoir dans cette position, ça fait vraiment bizarre.» Avec sa femme, ils ont à peine eu le temps de récupérer «de quoi se couvrir un peu» avant de monter sur un canot de sauvetage.

«11 000 € pour se taire»


Dès leur retour en France, avec leurs 18 collègues passagers, ils ont entamé des poursuites judiciaires contre Costa Croisières. D'abord en portant plainte pour «mise en danger de la vie d'autrui et blessures involontaires». Mais la suite va s'avérer longue et pénible.

Olivier Bret, directeur de la communication de la société, chargé du dossier, explique : «Raimondi a porté l'affaire devant les tribunaux américains pour attaquer la maison mère, le groupe Carnival, mais on nous a expliqué qu'ils n'avaient pas assez d'éléments pour statuer sur notre cas».

Le retour en France est aussi glacial : «On nous a proposés 11 000 € chacun à la condition de nous taire. C'était juste pas possible», poursuit-il.

Après des mois d'attente, le tribunal de Nanterre décidera ce mercredi en référé de la suite de l'affaire. Un juge devrait ordonner une analyse psychologique pour déterminer l'impact du choc sur chacun des rescapés et évaluer les indemnités en conséquence : «L'argent n'est pas notre motivation. On veut que des responsables soient condamnés», affirme Olivier Bret.

■ Des décisions au cas par cas

Raimondi a négocié avec Costa Croisière le versement d'une avance, que devrait compléter au cas par cas le tribunal de Nanterre : «Nous n'avons pas tous vécu cette expérience de la même manière, explique Olivier Bret. Certains ont eu un suivi psychologique prolongé. La femme d'un employé ne pouvait plus se rendre sur son lieu de travail, car les couleurs de l'immeuble lui rappelaient celles du bateau. Sa douleur va être reconnue.»