Quand la bouche peut entendre...

Souhir Bousbih

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La grenouille Gardiner des Seychelles est une des plus petites au monde.
La grenouille Gardiner des Seychelles est une des plus petites au monde. — .ESRF

Depuis la parution d'un article rapportant ses travaux dans la revue de l'académie des sciences américaines, le téléphone du bioacousticien Renaud Boistel (CNRS) ne cesse de sonner. CNN, The Times, Le Monde, ils sont nombreux à vouloir comprendre comment, avec son équipe, il est parvenu à la conclusion que la minuscule grenouille Gardiner entendait avec sa bouche. Aussi impossible que cela puisse paraître, l'info est scientifiquement prouvée et l'ESRF de Grenoble est pour beaucoup dans cette découverte.

Minuscule mais complexe


Beaucoup d'animaux, explique l'ESRF, n'ont pas d'oreille externe comme les humains, mais une oreille moyenne avec un tympan à la surface de la tête qui réagit en vibrant aux ondes sonores environnantes. Ces vibrations sont acheminées ensuite par des osselets à l'oreille interne. La minuscule grenouille de Gardiner n'a pas d'oreille moyenne tympanique et devrait par conséquent être sourde. En théorie seulement, car en pratique, l'expérience a prouvé le contraire : «Nous avons placé un haut-parleur qui diffusait des coassements, explique Renaud Boistel. Les grenouilles ont réagi en coassant à leur tour, preuve qu'elle les entendaient». Restait à savoir comment. La puissance des rayons X du synchrotron a permis d'éclaircir ce mystère. «Nous avons pu avoir des informations précises sur la densité des tissus de l'animal, essentielles pour comprendre le chemin de l'onde à travers son corps», poursuit le scientifique. Après avoir testé la conduction osseuse et pulmonaire, c'est par élimination que l'équipe s'est intéressée à la cavité buccale. Bonne pioche : elle résonne au son, qui une fois amplifié, prend le chemin de l'oreille interne.

■ Le cas Gardiner intéressant pour l'homme

C'est une des conclusions de Renaud Boistel et de son directeur de recherches, Thierry Aubin : «il y a des similitudes dans le système auditif de l'homme et de la grenouille. Pour les cas de surdité profonde par exemple, où le problème n'est pas sensoriel, il y a des pistes à explorer au niveau de la transmission et des osselets». Des hypothèses qui n'en sont qu'au stade de la réflexion mais qui sont de bonne augure pour les malades et la recherche.