L'apparition de la culotteLes dessous d'une exposition culottéeWonderbra, le saint des seinsValisère trouve la combinaison

Manuel Pavard

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M. Pavard / Pleins Titres

«Ces culottes fendues sont issues des collections du Musée Dauphinois, précise Chantal Spillemaecker, conservateur en chef du patrimoine. Conçues en lin ou en métis, elles étaient portées par les femmes sous les jupes ou les robes, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.» Ce n'est qu'à cette période, en effet, qu'apparaît la culotte, auparavant absente de la garde-robe. Elle descendait souvent jusqu'aux mollets et était largement fendue, d'où le nom de «pisse-droit » fréquemment utilisé. «A l'époque, les sous-vêtements n'étaient pas un atout de séduction. Les femmes privilégiaient le confort et l'hygiène.»

Valisère, Lou, Lora, Alto, Playtex, Wonderbra... Tout au long du XXe siècle, ces marques et sociétés ont fait de l'Isère l'un des hauts-lieux de la lingerie féminine. C'est ce pan méconnu, mais très important, de l'économie iséroise que le Musée Dauphinois explore dans l'exposition «Les Dessous de l'Isère». Celle-ci fait revivre ces fabriques aujourd'hui disparues et retrace un siècle d'évolution des moeurs et du rapport des femmes à leur corps. Le parcours, chronologique, présente des sous-vêtements (culottes, corsets, bas, slips, soutiens-gorge...) et publicités de chaque époque, un micro-trottoir sur les pratiques en matière de lingerie ou encore des photos de femmes en culotte dans les lieux de leur choix.

En 1994, Playtex lance Wonderbra l'Authentique, qui devient «un phénomène publicitaire et sociologique, souligne Chantal Spillemaecker, conservateur en chef du patrimoine. Son système de push-up soulève la poitrine et rapproche les seins pour en augmenter le volume et permet de régler le décolleté. Le succès du Wonderbra est aussi dû à ses deux égéries : Eva Herzigova et Adrianna Sklenarikova (future Karembeu).» Le slogan ? «Regardez-moi dans les yeux. J'ai dit dans les yeux».

«Ce modèle de 1960, issu d'une collection privée, est un ''flou'' pour les professionnels, un fond de robe ou une combinaison pour le grand public, explique Franck Philippeaux, conservateur du patrimoine. C'est le produit phare de Valisère [société basée à Grenoble depuis 1913] et un symbole de raffinement et de qualité.» On est alors entré dans «l'ère du prêt-à-porter, qui a pris la place du sur-mesure. A ce moment, on exploite les fibres synthétiques ou articielles, notamment le nylon. Les pièces sont fabriquées en très grande quantité, de manière massive.»