le chaud-froid grenoblois à la loupe

Chantal Féminier

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Le 28 octobre 2012, alors que le centre de Grenoble (ici le quartier Vigny-Musset) croule sous la neige, à 15 km de là, Le Versoud est encore en «été».
Le 28 octobre 2012, alors que le centre de Grenoble (ici le quartier Vigny-Musset) croule sous la neige, à 15 km de là, Le Versoud est encore en «été». — Montage photo Pierre Chiron et droits réservés.

Il a écrit son livre plus de trois mois avant le phénomène spectaculaire du 28 octobre qui a marqué les esprits et les archives météorologiques, mais la couche de neige tombée de manière hétérogène ce jour-là sur la ville illustre à elle seule la justesse de son analyse. Dans Grenoble, un climat à part*, Guilhem Martin met en exergue les forts contrastes qu'il observe depuis des années dans l'agglomération. « Il arrive qu'il pleuve à Villard-de-Lans alors qu'il neige à Grenoble et à Vizille au même moment, relève-t-il. De même, il peut tomber de la neige en abondance de Voreppe à Vizille, en passant par Grenoble-Gares et Jarrie (30 cm ce fameux 28 octobre), alors qu'au même moment, il n'y a pas la moindre trace de neige au Versoud ou à Saint-Paul-de-Varces ».
Pour cet ingénieur télécoms de 32 ans, passionné depuis son plus jeune âge par la météo, ce phénomène est dû à ce que le prévisionniste Jacques Thillet appelait dans les années 70 « le canon à neige braqué sur la ville de Grenoble ». Et d'expliquer : « La cluse de Voreppe constitue comme un couloir dans lequel s'engouffre les perturbations ventées arrivant du nord. Comme c'est son seul endroit de passage, la neige tombe pile dans l'axe Voreppe-Grenoble-Jarrie-Vizille. »

Trois ou quatre fois par an
Abrités par la Chartreuse, Le Versoud, Crolles ou encore Meylan, comme l'a constaté ce jour-là le météorologue Jean-Paul Coutet, n'ont même pas reçu un flocon le 28 octobre alors que le sud de Grenoble croulait sous 30 cm de neige. « Cela se produit trois à quatre fois par an, mais jamais de manière aussi prononcée. »
Le contraste grenoblois ne se manifeste pas seulement en période de neige : « Le 4 octobre 2010, poursuit le climatologue amateur, il faisait, cette fois au même moment, +25 °C à Echirolles et +15 °C au Versoud : de quoi ne pas savoir comment s'habiller au sein de l'agglomération grenobloise… » Des observations comme celles-ci, Guilhem Martin en a amassé des centaines depuis plus de dix ans. « J'ai fini par me dire que je pouvais en faire un livre parce qu'à ma connaissance il n'en existait pas sur ce sujet. » Dernièrement, il en a dédicacé un exemplaire aux professionnels de Météo France Grenoble qui lui ont réservé « un très bon accueil. Ils auraient pu me regarder avec méfiance. Mais ils savent que je reste un observateur », conclut-il.

*Grenoble, un climat à part : http://grenoble-un-climat-a-part.fr/