Jean-Arnold de Clermont : « Les chiffres de Nicolas Sarkozy sont rassurants pour l'extrême droite »

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Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, a co-écrit avec la Cimade, une lettre à Nicolas Sarkozy il y a quelques jours, pour lui demander plus de justice dans la régularisation des familles de sans-papiers dont les enfants sont scolarisés en France. Les 6000 régularisations annoncées par le ministre de l’Intérieur, ne le satisfont pas. Interview.

Nicolas Sarkozy a assuré qu’il faisait preuve de fermeté et d’humanité pour régler le dossier des sans-papiers dont les enfants sont scolarisés. Vous y voyez plus de fermeté ou plus d’humanité ?

J’ai surtout vu pas mal de confusion et d’imprécisions. Il reste notamment deux cas qui ne sont pas envisagés par la circulaire du 13 juin 2006 édictant les critères de régularisation : les enfants dont un seul parent est sans-papiers et les jeunes majeurs. Il faut inclure ces deux catégories dans les procédures de régularisations si on ne veut pas créer des injustices et si on veut vraiment faire acte d’humanité.

Selon le ministre de l’Intérieur, les parents dont un seul se trouve en situation irrégulière, relèvent du regroupement familial et non de la circulaire du 13 juin…

En fait, Nicolas Sarkozy fait traîner le traitement de ces dossiers jusqu’à l’application de sa loi en matière d’immigration. Ce qui va rendre les choses plus difficiles puisque le regroupement familial sera beaucoup plus difficile.

Le ministre de l’Intérieur avait d’abord annoncé quelques centaines de régularisations. Maintenant, il estime qu’il y en aura 6000. Vous trouvez cette progression rassurante ?

Non, ces chiffres sont surtout rassurants pour l’extrême droite. Mais ce n’est pas une question de chiffres. La question est de savoir comment traiter au cas par cas toutes ces personnes le plus justement. Des gens qui ont fait des efforts d’intégration, qui ont scolarisé leurs enfants et qui sont en voie d’intégration doivent pouvoir faire l’objet d’une régularisation.

Que pensez-vous du concept d’immigration choisie qui sera mis en place avec la nouvelle loi ?

Nous avons toujours émis les plus grandes réserves. Le terme d’immigration choisie signifie que le choix se fait à deux. Il faudrait un accord de partenariat entre les deux pays, et non que ce soit un choix unilatéral fait par la France. Il faut parvenir à faire de l’immigration un facteur positif de la mondialisation.

Nicolas Sarkozy a laissé entendre qu’il allait vous inviter pour discuter avec vous. Vous répondrez à son invitation ?

Oui certainement. On peut être en désaccord, comme c’est le cas aujourd’hui, mais il faut prendre les politiques au sérieux et débattre avec eux des questions de fond. Entre les positions extrêmes, tout régulariser et fermer les frontières, il faut parvenir à instaurer un filet constant de régularisations.

Recueilli par David Carzon