Climatisation et livret bleu à la maison de retraite des artistes

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 A la Maison nationale des artistes, une belle maison de retraite de Nogent-sur-Marne (Val de Marne), la canicule passe « presque » inaperçue. Le rez-de-chaussée a été entièrement climatisé suite à l’été 2003. « Nous avons reçu une subvention de la région et du conseil général qui a couvert à 80% l’investissement », souligne Nicole Laliberté, directrice de cet établissement réservé aux anciens artistes et leurs conjoints et aux Nogentais. Seul désagrément pour les pensionnaires : ils sont obligés de rester en bas une bonne partie de la journée. Pour les distraire, des activités supplémentaires ont été mises en place : revue de presse, atelier mémoire, arts plastiques… «Finalement, c’est plus convivial, reconnaissent quatre personnes âgées en train de jouer aux dominos. D’habitude, on reste confinés dans nos chambres.» Ces derniers jours, il y fait plus de 30°C. Impossible de s’y tenir. Seules dix chambres sont équipées de climatiseurs, grâce à un don du président du conseil d’administration, Eric de Rothschild. Les autres doivent se contenter de quinze ventilateurs, également achetés grâce à ce don. « Si on attend la Direction des affaires sanitaires et sociales (DASS) pour s’équiper, on n’a pas fini », déplore Nicole Laliberté. La directrice n’a pas non plus attendu les instructions de l’Etat avant d’agir.
En 2003, aucun décès n’avait été à déplorer. Mais depuis, un livret bleu a été mis en place, consignant toutes les procédures à suivre en cas de canicule et actualisé chaque été. Liste des numéros d’urgence, stock des produits pharmaceutiques disponibles, planning des effectifs, menus alimentaires, gestes de précaution… Tout est extrêmement précis et doit être respecté à la lettre, sous peine d’avertissement. Cette année, des aménagements ont également été réalisés pour faire face à la chaleur : le restaurant, non climatisé, a été déménagé dans une des salles d’animation. « Certains commençaient à avoir des malaises », explique la directrice. Les promenades dans le vaste parc qui entoure la maison de retraite sont quant à elles proscrites.
Du côté de l’équipe soignante, sept personnes, dont une infirmière, se relaient auprès des 75 pensionnaires. La nuit, seules deux personnes sont d’astreinte, veillant à ce qu’ils boivent et à ce que leurs fenêtres restent bien ouvertes. « Ce n’est pas assez. Hier je suis restée jusqu’à 23 heures pour les aider », souligne Nicole Laliberté. Cet été, la DASS a pourtant autorisé l’embauche de trois personnes en période de canicule. « Je les trouve où ces trois personnes ? rétorque Nicole Laliberté. Le secteur manque de diplômés et l’été, ils sont déjà tous en remplacement. Or, on ne peut pas prendre n’importe qui. » Et d’ajouter : « La première chose que l’Etat devrait faire pour lutter contre la canicule, c’est de créer un vivier de personnes formées pour renforcer les équipes l’été et remplacer les titulaires épuisés. » Comme ça, la canicule passerait « totalement » inaperçue à la Maison nationale des artistes.

Catherine Fournier