«Les jeunes ne s'engagent plus, les contraintes sont trop importantes»

— 

Trois questions à Philippe Cuq, président de l’Union des chirurgiens de France.

Vous annoncez ce matin 600 cliniques touchées par le mouvement de grèves des chirurgiens libéraux, anesthésistes et gynécologues-obstétriciens. Vous êtes surpris par l’ampleur de ce mouvement ?


Non, c’est ce que nous avions prévu. Cela témoigne de la gravité de la situation dans laquelle nous sommes. Faire sortir de son bloc un chirurgien pour qu’il arrête d’opérer, ce n’est pas une mince affaire. Mais il y a un ras-le-bol généralisé et une détermination très importante.

La grogne dure depuis plusieurs années. Pourquoi y’a-t-il urgence désormais ?

Si la situation continue, nous allons dans le mur. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, notre secteur d’activités s’occupe de plus de 65% des actes de chirurgie et d’anesthésie, mais que notre moyenne d’âge est supérieure à 50 ans. D’ici 5 à 8 ans, plus de la moitié des chirurgiens et des anesthésistes vont arrêter. Les jeunes ne s’engagent plus dans ces spécialités parce que les contraintes sont trop importantes : 500 chirurgiens n’ont plus d’assurances, les primes d’assurance ont augmenté de 10 à 40%, les tarifs Sécurité sociale sont les plus bas d’Europe.

On vous reproche d’avoir initié votre mouvement alors que la France est touchée par la canicule...

Ce mouvement est prévu depuis six mois, nous travaillons avec le cabinet du ministère de la Santé depuis deux ans. Celui-ci est courant de tout et il attend le 24 juillet pour aborder ce problème et nous demander d’assurer la continuité des soins. Il faut remettre les choses dans leur contexte. Dans des périodes de canicule, la chirurgie n’est pas en première ligne. Et en arrêtant nos interventions programmées, nous libérons des centaines de lits et de mètres carrés de pièces climatisées qui sont donc disponibles en cas de besoin.

Recueilli par David Carzon