"Dreyfus, vous êtes indigne de porter les armes ! Au nom du président de la République, nous vous dégradons !"

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L'Ecole militaire à Paris, où aura lieu la cérémonie nationale en l'honneur de Dreyfus décidée par le président Jacques Chirac, fut, en 1895, le théâtre de la dégradation publique du capitaine à laquelle assistèrent 20.000 Parisiens.
Condamné 13 jours auparavant pour "haute trahison" à la "déportation dans une enceinte fortifiée", le jeune officier est extrait le 5 janvier au matin de sa cellule et conduit dans la cour d'honneur de l'Ecole militaire, où chaque régiment de la capitale a envoyé un détachement, raconte Vincent Duclert, biographe de Dreyfus.
Le nom officiel de cet acte est "parade d'exécution". De nombreux journalistes français et étrangers, ainsi que nombre de dessinateurs de presse y assistent.
Encadré de quatre soldats, Dreyfus est emmené au centre de la cour. Un greffier lui lit sa condamnation. Le général Darras, qui préside la cérémonie, déclare: "Dreyfus, vous êtes indigne de porter les armes ! Au nom du président de la République, nous vous dégradons !"
Un adjudant s'approche alors et arrache boutons, bandes de pantalon, insignes du képi et des manches, puis brise son sabre.
"Je vis tomber à mes pieds tous ces lambeaux de mon honneur", narre Dreyfus dans ses mémoires.
"Je m'écriai, m'adressant aux troupes : soldats, on dégrade un innocent ! Soldats on déshonore un innocent ! Vive la France, vive l'armée", poursuit le capitaine.
Il doit encore faire le tour de la cour "sous les hurlements d'une foule abusée" qui l'injurie et réclame sa mort.
Parmi les spectateurs, le journaliste hongrois Theodor Herzl, père du mouvement sioniste moderne, qui couvrit l'affaire Dreyfus pour son journal.
Par coïncidence, c'est ce mercredi qu'a été inaugurée à Paris une place Herzl.