L'Affaire Dreyfus: conspiration politico-militaire et antisémitisme

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Une quinzaine de livres - dictionnaire, journal, sommes universitaires... - sortent ou ressortent en librairie à quelques jours du 100e anniversaire de la réhabilitation d'Alfred Dreyfus, le 12 juillet 1906.
Une quinzaine de livres - dictionnaire, journal, sommes universitaires... - sortent ou ressortent en librairie à quelques jours du 100e anniversaire de la réhabilitation d'Alfred Dreyfus, le 12 juillet 1906. — AFP/Archives

L'Affaire Dreyfus, du nom de cet officier juif alsacien déporté pour haute trahison, a déchiré l'opinion française pendant une décennie sur fond d'antisémitisme et de conspiration politico-militaire jusqu'à sa réhabilitation en juillet 1906.
L'affaire commence le 15 octobre 1894. Le capitaine Alfred Dreyfus, polytechnicien âgé de 36 ans, effectue son stage à l'état-major, attaché au 39e régiment d'infanterie quand il est convoqué pour une inspection générale.
Il est reçu par le commandant Armand Mercier du Paty de Clam, chargé d'enquêter sur l'auteur d'un bordereau fournissant aux Allemands des renseignements sur les tests d'équipements d'artillerie.
Après une enquête rapide, pour du Paty et sa hiérarchie, il ne fait aucun doute que ce document émane de l'état-major français.
Ce fameux bordereau -- découvert et subtilisé un mois plus tôt par une certaine Mme Bastian, femme de ménage à l'ambassade d'Allemagne et agent de renseignement français -- était adressé au major Schwartzkoppen, attaché militaire allemand.
Selon l'historien Michel Drouin, Dreyfus qui ignore tout de l'affaire, est soumis à un examen graphologique quand du Paty, déjà convaincu de tenir le traître, s'exclame : "Au nom de la loi, je vous arrête. Vous êtes accusé de haute trahison".
Dreyfus, mis au secret, soumis à interrogatoires, clame son innocence. Traduit en conseil de guerre, le 22 décembre 1894, il est condamné à la déportation vers le bagne de l'île du Diable en Guyane où il restera jusqu'en juin 1899.
Dans l'intervalle, fin mars 1896, un "petit bleu" -- un pneumatique révélant une correspondance entre le major Schwartzkoppen et le commandant français Esterhazy dont l'écriture ressemble aussi à celle du bordereau -- est découvert. Cette affaire-là est alors jugée à huis clos et distinctement de celle de Dreyfus. Esterhazy est acquitté.
La presse s'est emparée de l'affaire et peu à peu, la France se divise entre dreyfusards et anti-dreyfusards. L'antisémitisme se déchaîne.
Le 13 janvier 1898, l'écrivain Emile Zola publie dans le quotidien l'Aurore une lettre ouverte au président de la République Félix Faure, intitulée "J'accuse" dans laquelle il entend rétablir "la vérité d'abord sur le procès et sur la condamnation de Dreyfus".
Zola accuse notamment du Paty, cet "homme néfaste [qui] a tout mené", d'être "l'affaire Dreyfus tout entière" et "le premier coupable de l'effroyable erreur judiciaire" commise avec la complicité de sa hiérarchie.
Le 3 juin 1899, Dreyfus est renvoyé devant le Conseil de guerre de Rennes et quitte l'île au Diable. En septembre, il est à nouveau déclaré coupable et condamné à dix ans de détention.
Dix jours plus tard, le président Emile Loubet signe sa grâce.
Le 12 juillet 1906, la Cour de cassation casse le verdict de 1899: "De l'accusation portée contre Dreyfus, rien ne reste debout".