«C'est du sang portugais qui coule dans nos veines»

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Des triplés, mais un faux frère. Alexandre, Frédéric et Guillaume Cruz sont nés le même soir de février 1983, des mêmes parents portugais. Mais si Alexandre et Frédéric supporteront « à fond » le Portugal ce soir, Guillaume, lui, encouragera la France. Il ne verra même pas le match avec sa famille dans le spot le plus chaud des Portugais du Val-de-Marne, le Mira-bar de Chennevières, où un quart de la population est originaire du pays du fado. Il passera peut-être après le coup de sifflet final. Mais « seulement si la France gagne. Et uniquement pour chambrer. » Alexandre ne s'explique pas cette différence. « C'est comme l'amour. On ne peut pas dire pourquoi. »

Passeport français et coeur portugais : il n'y a pas que dans sa famille qu'Alexandre fait figure d'intrus. Bien que nés en France, les jeunes d'origine portugaise supportent le pays de leurs parents. « C'est le sang qui coule dans nos veines, tente d'expliquer Isaias, 32 ans. C'est notre histoire. Nos parents et nos grands-parents nous ont parlé de la dictature, et on va souvent au pays, même si là-bas, on est mal perçus car on nous prend pour des m'as-tu-vu. Mais je ne pense pas que mes enfants soutiendront le Portugal. Ça va s'arrêter un jour. » Fabrice, 18 ans, n'en est pas sûr. « Mon pays, c'est le Portugal. Et cette année, en quarts, j'étais même pour le Brésil, parce que c'est une ancienne colonie. »

Pour Sylvinho, 38 ans, « les plus jeunes supportent au fond d'eux la France, mais n'osent pas le dire devant leurs parents ». Ce qui ne semble pas évident, à écouter Carlos, 20 ans : « Je serai pour le beau jeu. Et un peu pour le Portugal. Quand c'est PSG-Porto, je suis vraiment partagé. Mais là, la France a déjà gagné la Coupe du monde, alors que pour un petit pays comme le Portugal, ce serait une fierté incroyable. »

Michaël Hajdenberg