1998, une unité de courte durée

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12 juillet 1998, la victoire de l'équipe de France « black-blanc-beur » est censée signer le plus bel exemple d'intégration à la française. Quatre ans plus tard, l'extrême droite accède au second tour de l'élection présidentielle puis, deux ans après, les banlieues s'enflamment. Alors, l'effet 1998 n'était-il qu'une vue de l'esprit ? « C'était davantage un phénomène de commentaire des médias et des politiques que d'opinion de la part des Français, estime Jérôme Sainte-Marie, de l'institut BVA. 1998 est l'acte fondateur de la lecture ethnique de la société française, avec pour conséquence actuelle la mise en avant de journalistes de couleur, par exemple. » Or, selon le politologue, « les Français ne veulent pas d'une société à l'américaine où chacun se définit en fonction de ses seules origines ».

Aujourd'hui, les politiques semblent plus prudents sur un nouvel effet « black-blanc-beur » version 2006. Pour le socialiste Malek Boutih, « en 1998, on en a trop dit, on a prêté trop de vertus aux Bleus. Une victoire sportive ne change pas la société, même si l'équipe de France est aujourd'hui le dernier symbole qui réunit tous les Français, de l'électeur du FN au jeune de cité. » Certains réflexes reviennent vite. Le député Vert Yves Cochet a déclaré hier dans Le Parisien qu'« enfin, on retrouve les couleurs black, blanc, beur de 1998 », persuadé même que « cela va protéger les enfants sans papiers que Nicolas Sarkozy s'apprête à expulser ».

Bastien Bonnefous