La discrétion des anciens de Guantanamo

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Le procès de six ex-détenus français de Guantanamo s'est ouvert hier au tribunal correctionnel de Paris. Deux des prévenus poursuivis pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » ont raconté le parcours qui les a menés à la base américaine.

Le premier, Imad Achad Kanouni, 29 ans, donne le ton : laconique et discret. Interrogé sur sa fréquentation d'islamistes combattants, il répond : « On parlait religion en général. » Il dit être parti en Afghanistan en 2001 non pas pour se battre aux côtés des talibans, mais pour « vivre dans un nouveau pays musulman ». Face aux questions, il reconnaît avoir été « motivé par une bonne cause : défendre des gens attaqués sur leur territoire », sans pour autant soutenir Ben Laden. Enfin, il esquisse dans sa barbe une raison plus profonde : « Je voulais prouver quelque chose. »

Khaled Ben Mustapha, 34 ans, vient ensuite témoigner. Lui aussi a abandonné sa famille et un emploi pour l'Afghanistan. Il explique que la mort d'un proche lui a donné la foi et que le Coran indique qu'il faut « vivre dans un pays musulman ». Sa vie en France, les remarques désobligeantes sur son apparence pieuse et la conscience de ne pas être « à l'abri d'une erreur judiciaire » ont, selon lui, renforcé ses convictions. Khaled met également en cause les interrogatoires de la DST et du juge Bruguière auxquels il a été soumis, précisant qu'il avait fini par répondre par le silence. Peut-être un avant-goût d'une ligne de défense peu convaincante centrée sur la dénégation.

Arnaud Sagnard