Nizar Sassi : «Guantanamo fabrique des bêtes sauvages»

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Interview de Nizar Sassi, ancien détenu français du camp de Guantanamo.

Quelle issue espérez-vous pour ce procès ?

Le jugement le plus logique serait la relaxe totale pour donner une réponse forte à ce qui se passe à Guantanamo. Je n'arrive pas à croire qu'on puisse me condamner après tout ce que j'ai subi. Même vingt ans de prison en France, ça n'équivaut pas à trente mois passés à Guantanamo.

Que redoutez-vous le plus ?

Me replonger dans cette histoire va me casser. Psychologiquement, tout le travail que j'ai fait en cinq mois va s'effondrer d'un coup. Guantanamo, c'est une machine à haïr les Etats-Unis, à fabriquer des bêtes sauvages. Les Américains utilisent tous les moyens physiques et psychologiques pour nous faire parler. Si j'y étais resté plus de trente mois, je ne serais peut-être plus en vie. C'est la mobilisation en France qui m'a donné l'envie de survivre.

Que pensez-vous des récents suicides de trois détenus ?

Le suicide, on y pense forcément car il n'y a aucun espoir. Mais je pensais vraiment qu'il était impossible de le faire, car les Américains surveillent 24 h/24, ils passent toutes les quinze secondes. Soit certains ont trouvé une faille et ont décidé de se sacrifier pour alerter l'opinion et permettre aux autres de sortir. Soit les Américains les ont tués.

Qu'est-ce qui vous aide à vous reconstruire ?

Ma famille et mes amis. Au début, face aux gens heureux de me voir, je me sauvais. Maintenant, j'assume davantage ce qui m'est arrivé, j'arrive à me balader tout seul. Et puis, j'ai un emploi : dépenser de l'énergie physique est une vraie thérapie.

Recueilli par Carole Bianchi, à Lyon

Nizar Sassi, 26 ans, originaire de Vénissieux (Rhône), est parti en juin 2001 en Afghanistan. Extradé vers la France en juillet 2004, il a été incarcéré jusqu'en janvier dernier. Il comparaît aujourd'hui avec cinq autres anciens détenus pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».