Voyage au coeur d'un nid de coucous

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Presque une histoire de fous. Depuis quinze ans, une dizaine de malades mentaux sont des habitants à part entière de Mers-sur-Indre, petit village de l'Indre. L'Etape, association à l'origine de cette expérience, se bat pour que la frontière de la différence ne se rajoute pas à la barrière de la folie. Une originalité qui a valu à L'Etape d'être récompensée par la Fondation de France, hier à Paris. Nichée dans les paysages chers à George Sand, l'Etape fait partie du décor. Composés de chambres individuelles, de salles de repos ou d'activités, et même de deux appartements inoccupés pour le moment, les nouveaux locaux de l'Etape se trouvent d'ailleurs au centre du village. Tout un symbole.

« Une reconnaissance du handicap »

Nous sommes en fin de matinée, et beaucoup de pensionnaires donnent un coup de main pour la cuisine. « On aide, on aime bien ça, on met la table, on la débarrasse », explique Pascal, le sourire scotché aux lèvres. « Moi, l'autre fois, j'ai fait la salade composée, s'empresse d'ajouter Romuald. Elle était bonne. » Les pensionnaires de l'Etape sont tous atteints par des troubles mentaux importants mais les médicaments permettent une stabilisation. Ils ne sont pas assez fous pour être en hôpital psychiatriques, mais pas assez « normaux » pour être autonomes. Espace de vie collectif de type familial, l'Etape propose une alternative en s'appuyant sur une volonté d'intégration. « C'est une forme de reconnaissance du handicap à l'heure où la tendance est à éloigner le plus possible ce type de malades », explique Claudine Durand, l'actuelle directrice.

L'association a été créée en 1990 par l'ancien maire de Mers-sur-Indre. Grâce à la solidarité du village, il a loué une grande maison pour accueillir les malades. Le centre psychothérapique départemental a « prêté » du personnel qualifié pour l'encadrement. Pour son financement, l'association prélevait jusque récemment une part sur les revenus des pensionnaires. Ce qui a permis d'en alléger les coûts et d'autoriser une souplesse de fonctionnement.

« On les connaît tous, ils font partie du village »

Les malades peuvent faire de nombreuses activités y compris avec les villageois : randonnées, fêtes locales, peinture, pétanque... Au final, une intégration réussie. « On les connaît tous, ils font partie du village, raconte le boucher. Ils viennent même chez moi faire leurs courses à tour de rôle. » Leur présence participe de la vie du commerce local. Ainsi, c'est souvent au Bar de la Mairie qu'on a des chances de trouver Romuald. « Je viens boire le café avec les copains, explique-t-il. Que du café hein, pas d'alcool, ils n'ont pas le droit de nous en servir. » Les pensionnaires sont libres de sortir s'ils indiquent où ils vont. « Moi, je fais beaucoup de vélo, raconte Sabine. Je vais jusqu'à l'étang toute seule. » « Il n'y a jamais eu de problèmes hormis quelques crises ponctuelles », assure Claudine Durand.

Une structure trop originale pour l'administration

Ce qui fait l'originalité de l'Etape pourrait très bien causer sa perte. Après avoir fait construire le bâtiment plus adapté qu'elle occupe depuis un an, elle se retrouve dans une situation kafkaïenne, ne rentrant dans aucune case de l'administration. Le conseil général et l'agence régionale hospitalière (ARH) se sont longtemps renvoyé la balle, estimant que cette structure ne dépendait pas d'eux. Il aurait fallu créer un système de cofinancement mais c'est finalement l'ARH seule qui a hérité du bébé. L'Etape a dû modifier son mode de financement, le statut des malades, ce qui augmente le coût de prise en charge. Et puisque l'administration hospitalière reprend la main, l'association L'Etape pourrait disparaître et l'esprit qu'elle insufflait avec.

Envoyé spécial, David Carzon